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casino de GUJAN-MESTRAS : Sans bandits manchots, aucun casino ne peut survivre...

PDG de la Socodem, qui exploite le casino, Frédérique Ruggieri dénonce l'opacité au plus niveau lors de l'attribution des autorisations d'ouverture et d'exploitation des machines à sous

Vous venez d'obtenir 50 machines à sous et vous faites déjà une nouvelle demande pour 100 machines supplémentaires. N'est-ce pas pousser le bouchon un peu loin ?

Frédérique Ruggieri.

Sans bandits manchots, aucun casino ne peut survivre. Les machines à sous représentent 90 à 95 % du chiffre d'affaires d'un casino. Lorsque nous avions emporté l'appel d'offres à Gujan, à l'époque où l'Etat imposait encore à l'exploitant de construire le bâtiment public avant de solliciter une autorisation, le cahier des charges prévoyait l'installation de 150 machines. Il avait été approuvé par la préfecture de la Gironde. Un casino est une délégation de service public, et l'Etat ne peut imposer au délégataire de remplir le cahier des charges sans l'autoriser à exercer la seule activité rentable du casino.

Où en êtes-vous financièrement, au plus mal ?

Socodem a investi ici 6 millions d'euros, essentiellement financés par des emprunts. Ces huit derniers mois, le casino a perdu 450 000 euros... Il ne nous a été attribué que le minimum légal, soit cinquante machines. Et ce, après deux ans d'attente injustifiés. Cinquante machines n'équilibrent pas l'exploitation prévue pour cent cinquante.

Le plus dur a été fait, le casino est ouvert...

C'est vrai, mais au terme de deux référés administratifs intimant à deux ministres de l'Intérieur successifs de revoir leur copie. L'illégalité de la décision était flagrante. L'acharnement dont nous sommes victimes aussi. Dans un premier temps, la Commission supérieure des jeux a carrément refusé notre ouverture en arguant d'une offre de jeux trop importante en Gironde, alors que le parc de machines de sous de ce département est deux fois inférieur à celui des Pyrénées-Atlantiques. Ensuite, elle l'a autorisée, mais en repoussant l'arrivée des machines à sous après l'été 2006. Tout le monde pensait que nous ne tiendrions pas. En nous imposant les grands jeux (roulette, black-jack et poker) qui nécessitent beaucoup de personnel qualifié, elle nous mettait en difficulté. Sans notre banquier, nous ne passions pas l'été.

Vous allez jusqu'à évoquer le complot...

Oui. En 2003, au moment où nous lancions Gujan, nous avons racheté un petit casino de vingt-cinq machines à Lacaune, dans le Tarn. On le rénove, on investit, on embauche. Mais la Commission supérieure des jeux nous refuse vingt-cinq machines supplémentaires. Au mépris d'une directive ministérielle de Nicolas Sarkozy, qui stipule qu'aucun casino ne peut avoir moins de cinquante machines à sous. Nous étions déjà une cible. Pour Gujan, nous avons déposé notre dossier en préfecture le 19 décembre. Le délai d'instruction est de quatre mois, mais la Direction des libertés publiques du ministère de l'Intérieur nous a inscrit à la commission d'octobre.

Bordeaux, qui avait déposé son dossier après nous, est passé le 30 juin et a obtenu cinquante machines supplémentaires. Anecdote révélatrice : lors de notre dernier passage, Marie-Hélène des Esgaulx, la députée maire de Gujan, a été avertie de la décision la veille de la tenue de la réunion. Avant même de nous entendre, on nous avait attribué cinquante machines... mais à partir du mois d'octobre, de façon à nous priver des recettes de l'été.

Comment expliquez-vous ces décisions ?

Nos concurrents font pression pour protéger leur position dominante. Partouche a le monopole avec 175 machines sur le Bassin, et le groupe Barrière Accor, implanté à Bordeaux, n'est pas en reste... Les deux « syndicats », qui n'ont de syndicats que le nom, l'un du groupe Partouche, l'autre d'Accor Barrière, forment un lobby très actif auprès des fonctionnaires des libertés publiques du ministère de l'Intérieur. Les intérêts des groupes ne sont naturellement pas les mêmes que ceux des indépendants, et alors que ces deux syndicats sont soi-disant opposés, ils savent se retrouver autour d'une mort annoncée.

La Commission supérieure des jeux est-elle sous influence ?

Comment les élus et fonctionnaires qui la composent peuvent-ils acquérir, en seulement dix minutes, une idée de l'exploitation qu'on leur présente ? Elle entérine les propositions de la Direction des libertés publiques du ministère. La commission est interne au ministère de l'Intérieur (1), la Direction des libertés publiques aussi. J'imagine mal que des informations, voire des instructions, ne circulent pas entre le cabinet du ministre et ses services....

Qui décide ?

Le système donne à deux ou trois fonctionnaires de la Direction des libertés publiques, qui sont en poste depuis environ vingt ans, le soin de rédiger le rapport qui sert de base à la commission, d'inscrire à l'ordre du jour tel ou tel casino (Bordeaux en juin, Gujan en octobre) et de fixer le nombre de machines. En fait, ils ont le pouvoir de détruire une entreprise ou de la faire coter en Bourse. Comme M. Sarkozy l'a déclaré : « Un ministre suit l'avis de la commission, je suivrai l'avis de la commission. » Ce credo peut aller jusqu'à l'absurde, puisque le ministre suit l'avis de la commission même quand il est illégal. Peut-être n'a-t-il plus les réflexes de l'avocat d'affaires réputé qu'il était et n'a-t-il pas vu l'illégalité de la décision qu'on lui faisait prendre. C'est une aberration.

Une aberration ?

Le ministère ne devrait intervenir que par rapport à l'ordre public. Or les décisions arbitraires de donner cinquante, soixante ou cent machines à tel ou tel casino immédiatement, dans six, huit ou dix mois, ne relèvent absolument pas de l'ordre public mais d'un pouvoir démesuré de réguler le marché. Il serait plus sain de donner les règles du jeu au moment de l'appel d'offres. Il est clair qu'aucun des concurrents sur l'appel d'offres du casino de Gujan (Tranchant, Accor, Européenne de casinos devenue Partouche) n'aurait eu les mêmes difficultés pour ouvrir que Socodem. Là réside le vrai scandale.


Source : Sud-Ouest

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October 2006

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