Loto-Québec et ses ambitions de casino à l'internationale
CANADA
Pierre Desjardins
Professeur de philosophie
Membre de la coalition Emjeu (Éthique pour une modération du jeu) et auteur du Livre noir de Loto-Québec
Après avoir tiré le maximum de ses concitoyens en termes de revenu du jeu et cela, au point où ses ventes plafonnent chez nous, Loto-Québec s'est récemment lancé tête baissée vers les marchés mondiaux du jeu. Ceux-ci, on le sait, sont en forte croissance partout de par le monde. Certains experts leur prédisent même une expansion de l'ordre de 40 % d'ici 2012. S'associant à des promoteurs privés, Loto-Québec espère profiter de cette manne et maintenir malgré tout la croissance de ses revenus.
On se rappellera qu'il y a deux ans, Loto-Québec avait vainement tenté d'obtenir un contrat pour la construction et la gérance d'un casino en France, plus précisément dans la ville de Toulouse. Suite à cette première tentative ratée, Loto-Québec opta ensuite, le printemps dernier, pour l'acquisition d'une part du marché français en s'associant à une firme privée du jeu, la firme française Moliflor. Notons que cette association lui a quand même demandé une mise de fonds de départ de 80 millions.
Sur le marché du jeu en France, la firme privée Moliflor détient 9.8 % des parts et gère plus de 20 casinos. Notons qu'en France, contrairement à la loterie qui demeure, comme au Québec, gérée par l'État, les casinos sont du domaine de l'entreprise privée. En plus de la firme Moliflor, il existe là-bas 2 grosses entreprises du jeu, soit le groupe Barrière avec 31.1 % du marché et le groupe Partouche avec 27.1 % du marché. C'est ainsi qu'au printemps dernier, Loto-Québec, en partenariat avec son nouvel associé, Moliflor, a secrètement posé sa candidature pour la construction et la gérance d'un casino, cette fois-ci dans la ville industrielle de Lille, au nord de la France. Notons que cette ville de 200 000 habitants compte 13 % de chômeurs et 12 % de RMI (le B.S. français). Mentionnons que notre société d'État espérait beaucoup d'une éventuelle percée sur ce marché et entrevoit même pour l'avenir d'autres percées possibles partout dans le monde, notamment en Chine qui, selon les experts de Loto-Québec, avec ses 1.3 milliards d'habitants, représente un fabuleux potentiel de joueurs.
Jeu compulsif et promotion du jeu
Mais est-il acceptable que notre société d'État aille ainsi, un peu partout de par le monde, faire en notre nom la promotion du jeu et de ses valeurs ? Ces valeurs, rappelons-nous, restent des valeurs fondamentalement anti-sociales tels l'individualisme, l'attente passive du gain magique, un goût inconsidéré pour l'argent et les biens matériels, sans compter l'aliénation intellectuelle que le jeu suscite. Et nous ne parlons même pas ici des aléas dévastateurs du jeu sur les joueurs compulsifs et leurs proches.
Signalons qu'en France, il existe plus de 300 000 joueurs compulsifs. N'est-ce pas déjà assez ? Faudrait-il que Loto-Québec, avec son expertise, en augmente encore le nombre ? Loto-Québec voudrait-elle ainsi suivre l'exemple lamentable de certaines compagnies privées qui, dans le but avoué de faire plus d'argent, transfèrent une partie de leur production à l'étranger, dans des pays où les lois sur la santé publique n'existent pas encore ?
Heureusement, en France ce n'est pas le cas et, suite à la vigilance de la population, le projet parrainé par Moliflor et Loto-Québec fut rejeté à l'unanimité le 21 septembre dernier par la ville de Lille. Entre autres critères, la mairie de Lille exigeait des soumissionnaires que la qualité des actions de prévention proposées en direction des joueurs compulsifs soit présente. Ce que, vraisemblablement, ne pouvait offrir notre société d'État toujours en mal de profits rapides.
Loto-Québec et le secteur privé
Avant d'investir 80 millions de notre argent dans cette autre aventure perdante, la moindre des choses aurait été que Loto-Québec nous informe et nous consulte d'abord. Car il y a fort à parier que, plus aguerrie que jamais envers Loto-Québec et ses combines, une majorité de Québécois se seraient prononcés contre ce genre d'initiative.
Car à partir de quel principe inédit notre société d'État peut-elle ainsi s'associer librement à des partenaires privés pour l'exploitation de casinos à l'étranger ? Si, pour des raisons éthiques, il demeure, selon Loto-Québec, impératif que le jeu reste sous contrôle étatique, comment peut-elle justifier une telle association au secteur privé à l'étranger ? Car que l'on soit Français, Québécois ou Chinois, un joueur reste un joueur et le risque que la promotion du jeu en fasse un joueur compulsif existe autant ailleurs dans le monde qu'ici.
Pierre Desjardins
Professeur de philosophie
Membre de la coalition Emjeu (Éthique pour une modération du jeu) et auteur du Livre noir de Loto-Québec
Après avoir tiré le maximum de ses concitoyens en termes de revenu du jeu et cela, au point où ses ventes plafonnent chez nous, Loto-Québec s'est récemment lancé tête baissée vers les marchés mondiaux du jeu. Ceux-ci, on le sait, sont en forte croissance partout de par le monde. Certains experts leur prédisent même une expansion de l'ordre de 40 % d'ici 2012. S'associant à des promoteurs privés, Loto-Québec espère profiter de cette manne et maintenir malgré tout la croissance de ses revenus.
On se rappellera qu'il y a deux ans, Loto-Québec avait vainement tenté d'obtenir un contrat pour la construction et la gérance d'un casino en France, plus précisément dans la ville de Toulouse. Suite à cette première tentative ratée, Loto-Québec opta ensuite, le printemps dernier, pour l'acquisition d'une part du marché français en s'associant à une firme privée du jeu, la firme française Moliflor. Notons que cette association lui a quand même demandé une mise de fonds de départ de 80 millions.
Sur le marché du jeu en France, la firme privée Moliflor détient 9.8 % des parts et gère plus de 20 casinos. Notons qu'en France, contrairement à la loterie qui demeure, comme au Québec, gérée par l'État, les casinos sont du domaine de l'entreprise privée. En plus de la firme Moliflor, il existe là-bas 2 grosses entreprises du jeu, soit le groupe Barrière avec 31.1 % du marché et le groupe Partouche avec 27.1 % du marché. C'est ainsi qu'au printemps dernier, Loto-Québec, en partenariat avec son nouvel associé, Moliflor, a secrètement posé sa candidature pour la construction et la gérance d'un casino, cette fois-ci dans la ville industrielle de Lille, au nord de la France. Notons que cette ville de 200 000 habitants compte 13 % de chômeurs et 12 % de RMI (le B.S. français). Mentionnons que notre société d'État espérait beaucoup d'une éventuelle percée sur ce marché et entrevoit même pour l'avenir d'autres percées possibles partout dans le monde, notamment en Chine qui, selon les experts de Loto-Québec, avec ses 1.3 milliards d'habitants, représente un fabuleux potentiel de joueurs.
Jeu compulsif et promotion du jeu
Mais est-il acceptable que notre société d'État aille ainsi, un peu partout de par le monde, faire en notre nom la promotion du jeu et de ses valeurs ? Ces valeurs, rappelons-nous, restent des valeurs fondamentalement anti-sociales tels l'individualisme, l'attente passive du gain magique, un goût inconsidéré pour l'argent et les biens matériels, sans compter l'aliénation intellectuelle que le jeu suscite. Et nous ne parlons même pas ici des aléas dévastateurs du jeu sur les joueurs compulsifs et leurs proches.
Signalons qu'en France, il existe plus de 300 000 joueurs compulsifs. N'est-ce pas déjà assez ? Faudrait-il que Loto-Québec, avec son expertise, en augmente encore le nombre ? Loto-Québec voudrait-elle ainsi suivre l'exemple lamentable de certaines compagnies privées qui, dans le but avoué de faire plus d'argent, transfèrent une partie de leur production à l'étranger, dans des pays où les lois sur la santé publique n'existent pas encore ?
Heureusement, en France ce n'est pas le cas et, suite à la vigilance de la population, le projet parrainé par Moliflor et Loto-Québec fut rejeté à l'unanimité le 21 septembre dernier par la ville de Lille. Entre autres critères, la mairie de Lille exigeait des soumissionnaires que la qualité des actions de prévention proposées en direction des joueurs compulsifs soit présente. Ce que, vraisemblablement, ne pouvait offrir notre société d'État toujours en mal de profits rapides.
Loto-Québec et le secteur privé
Avant d'investir 80 millions de notre argent dans cette autre aventure perdante, la moindre des choses aurait été que Loto-Québec nous informe et nous consulte d'abord. Car il y a fort à parier que, plus aguerrie que jamais envers Loto-Québec et ses combines, une majorité de Québécois se seraient prononcés contre ce genre d'initiative.
Car à partir de quel principe inédit notre société d'État peut-elle ainsi s'associer librement à des partenaires privés pour l'exploitation de casinos à l'étranger ? Si, pour des raisons éthiques, il demeure, selon Loto-Québec, impératif que le jeu reste sous contrôle étatique, comment peut-elle justifier une telle association au secteur privé à l'étranger ? Car que l'on soit Français, Québécois ou Chinois, un joueur reste un joueur et le risque que la promotion du jeu en fasse un joueur compulsif existe autant ailleurs dans le monde qu'ici.
October 2006
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