Gujan-Mestras : Les salariés de la première heure sont à la porte
En mai 2005, cinq hommes et femmes étendus sur des lits de camp dans l'enceinte vide du casino du Lac de la Magdeleine observent, durant huit jours, une grève de la faim. Aux côtés de la concessionnaire du casino, Frédérique Ruggieri, quatre futurs employés se battent pour obtenir l'ouverture de l'établissement. Et acceptent de se mettre eux-mêmes en péril. Construit en août 2004, le casino peine alors à obtenir le feu vert de la Commission supérieure des jeux.
Un bras de fer est engagé entre cette instance décisionnelle, le ministre de l'Intérieur et l'exploitant (Socodem) épaulé par ses salariés. Si la Socodem multiplie les actions en justice (recours gracieux, plainte), les employés, eux, enchaînent les actions médiatiques. Leur présence indéfectible auprès de leur responsable est symbolique. Durant un an et demi, ils restent fidèles, sans être payés ils ont pour la plupart démissionné pour rejoindre Gujan-Mestras, se battent bec et ongles pour obtenir le feu vert. Lequel est donné fin 2005. Un cadeau de Noël empoisonné, estiment aujourd'hui les salariés de la première heure. Depuis, quasiment tous été licenciés (1).
« Elle se débarrasse ». « On s'est servi de nous... Durant la grève de la faim, Mme Ruggieri insistait sur le côté "social" du casino. En fait, dès qu'elle n'a plus eu besoin de nous, elle se débarrasse », estime Jeremy Stanko, membre du comité de direction, licencié jeudi pour « raisons économiques ».
Patrice Faudout, également ancien gréviste de la faim, ne mâche pas ses mots. Son épouse, elle aussi employée et membre active de la première heure, a été licenciée avant lui. A présent c'est son tour.
« On ne garde pas ceux qui en savent trop, y compris au niveau de la réglementation. Une fois qu'on leur a permis d'obtenir ce qu'ils voulaient, ils nous jettent. Cela fait huit mois que nous subissions tous des pressions morales. » Depuis en fait qu'une dizaine d'employés s'était mis en grève pour dénoncer la mixité décidée par la direction entre les grands jeux (black jack, stud poker...) et les machines à sous. Les salariés défendaient l'idée du casino haut de gamme que Frédérique Ruggieri leur avait « vendue ». Et déjà, se dessinait en filigrane une tension très nette avec le concessionnaire.
« Tourner la page ». « Nous avons subi un véritable harcèlement moral », poursuit Patrice Faudout qui veut à présent « tourner la page du casino ». Mais l'oubli a un prix. Comme lui, les licenciés ont déjà ou vont entamer des démarches devant les prud'hommes mais aussi le pénal. « On a prétexté que mon salaire était trop élevé », explique Edwige Murzilli qui note aussi que le nombre de tables de jeux s'était réduit comme une peau de chagrin, passant de quatre à une. Et Sébastien Denuaut de relever la « valse » des directeurs. « En quinze mois, il y en a eu trois... » Même constat au niveau de l'équipe du restaurant.
Pour Frédérique Ruggieri, le seul motif de ces licenciements est économique. « Si on nous avait accordé 30 à 50 machines à sous supplémentaires, on y arrivait (2). L'investissement initial du casino a été fait en fonction d'un cahier des charges de 150 machines (actuellement le casino en a 50, NDLR).
Les six premiers mois d'exploitation, nous avons perdu beaucoup d'argent. Un casino est une entreprise économique. » « Tout le monde a obtenu ce qu'il voulait ». Une entreprise qui ne peut, selon sa dirigeante, tenir compte du passif de tous ses employés. « Une fois où tout le monde a obtenu ce qu'il voulait, ils ne pouvaient plus être considérés autrement que les autres salariés. Leurs conditions de travail étaient très bonnes, même avec la mixité des jeux. Nous étions les seuls à partager les pourboires avec eux. » Assurant que le départ des deux précédents directeurs s'était fait d'un commun accord, la présidente de la Socodem assure que « le jour où tout ira mieux, tout le monde pourra revenir ». Christian Noé, le second directeur en poste, depuis remplacé, ne voit pas les choses sous cet angle. « Nous avions une énorme divergence sur la façon de diriger un casino. Il y avait une inadéquation entre la volonté de faire un casino de luxe et une stratégie appliquée de casino "discount" où l'on baisse les effectifs. La Socodem a agi avec ses employés de la même façon qu'avec la commission supérieure des jeux : au forcing. »
(1) Seul le gardien travaille encore sur place. Il était le seul à avoir observé la grève sans être employé de jeux.
(2) La Socodem a déposé un recours contre le refus d'obtention des machines à sous supplémentaires.
Sabine Menet Dans Sud-Ouest
Patrice Faudout, également ancien gréviste de la faim, ne mâche pas ses mots. Son épouse, elle aussi employée et membre active de la première heure, a été licenciée avant lui. A présent c'est son tour.
« On ne garde pas ceux qui en savent trop, y compris au niveau de la réglementation. Une fois qu'on leur a permis d'obtenir ce qu'ils voulaient, ils nous jettent. Cela fait huit mois que nous subissions tous des pressions morales. » Depuis en fait qu'une dizaine d'employés s'était mis en grève pour dénoncer la mixité décidée par la direction entre les grands jeux (black jack, stud poker...) et les machines à sous. Les salariés défendaient l'idée du casino haut de gamme que Frédérique Ruggieri leur avait « vendue ». Et déjà, se dessinait en filigrane une tension très nette avec le concessionnaire.
« Tourner la page ». « Nous avons subi un véritable harcèlement moral », poursuit Patrice Faudout qui veut à présent « tourner la page du casino ». Mais l'oubli a un prix. Comme lui, les licenciés ont déjà ou vont entamer des démarches devant les prud'hommes mais aussi le pénal. « On a prétexté que mon salaire était trop élevé », explique Edwige Murzilli qui note aussi que le nombre de tables de jeux s'était réduit comme une peau de chagrin, passant de quatre à une. Et Sébastien Denuaut de relever la « valse » des directeurs. « En quinze mois, il y en a eu trois... » Même constat au niveau de l'équipe du restaurant.
Pour Frédérique Ruggieri, le seul motif de ces licenciements est économique. « Si on nous avait accordé 30 à 50 machines à sous supplémentaires, on y arrivait (2). L'investissement initial du casino a été fait en fonction d'un cahier des charges de 150 machines (actuellement le casino en a 50, NDLR). Les six premiers mois d'exploitation, nous avons perdu beaucoup d'argent. Un casino est une entreprise économique. » « Tout le monde a obtenu ce qu'il voulait ». Une entreprise qui ne peut, selon sa dirigeante, tenir compte du passif de tous ses employés. « Une fois où tout le monde a obtenu ce qu'il voulait, ils ne pouvaient plus être considérés autrement que les autres salariés. Leurs conditions de travail étaient très bonnes, même avec la mixité des jeux. Nous étions les seuls à partager les pourboires avec eux. » Assurant que le départ des deux précédents directeurs s'était fait d'un commun accord, la présidente de la Socodem assure que « le jour où tout ira mieux, tout le monde pourra revenir ». Christian Noé, le second directeur en poste, depuis remplacé, ne voit pas les choses sous cet angle. « Nous avions une énorme divergence sur la façon de diriger un casino. Il y avait une inadéquation entre la volonté de faire un casino de luxe et une stratégie appliquée de casino "discount" où l'on baisse les effectifs. La Socodem a agi avec ses employés de la même façon qu'avec la commission supérieure des jeux : au forcing. »
(1) Seul le gardien travaille encore sur place. Il était le seul à avoir observé la grève sans être employé de jeux.
(2) La Socodem a déposé un recours contre le refus d'obtention des machines à sous supplémentaires.
Sabine Menet Dans Sud-Ouest
April 2007
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