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2009: la guerre des casinos en ligne

La guerre des casinos en ligne est déclarée

Poker, backgammon, paris sportifs et hippiques...En 2009, les sites de jeux vont devenir légaux. une partie acharnée se prépare.

Pour un patron de groupe de casinos, ce n'est pas joli, joli mais les faits sont là: Patrick Partouche a...triché. Fin novembre, il a lancé, depuis Gibraltar, un site sur lequel les internautes peuvent jouer à une table de poker virtuelle ou bien parier sur le score OL-Munich de la soirée. Le problème est que, à l'exception de La Française des Jeux (FDJ) et du PMU, les sites de jeux d'argent sont, pour quelques mois encore, interdits en France (comme dans neuf autres pays européens). En anticipant ainsi la libéralisation du marché imposée par Bruxelles, le premier casinotier de France espère prendre une longueur d'avance sur ses concurrents.

Il faut dire que la bagarre s'annonce acharnée pour décrocher le gros lot. Dans la profession, il s'exprime en "produit brut des jeux" (PBJ), soit la différence entre le montant des mises des joueurs et les sommes qui leur sont reversées. En 2008, le PBJ réalisé via Internet s'est élevé à 550 millions d'euros, pour le PMU et à 200 millions pour la Française des jeux. Mais il faut aussi compter les 400 millions dégagés par les sites tel Partouche.com, qui oeuvrent déjà en France malgré l'interdiction. "D'ici trois ans, quand le marché sera ouvert, les professionnels se partageront un PBJ de 1,5 milliard d'euros", prédit Isabelle Parize, directrice générale du groupe de jeux en ligne Mangas Capital Gaming.

Plusieurs fois retardée, la loi fixant les modalités de cette ouverture devrait être présentée au parlement au printemps prochain. Ensuite, le Conseil des ministres installera une autorité de régulation chargée d'attribuer des licences. A priori, pas de numerus clausus: toutes les entreprises candidates qui respecteront le cahier des charges pourront se lancer. Et, vers la mi-2009, la guerre des maisons de jeu pourra vraiment commencer. D'ici là, chacune fourbit ses armes, peaufine son offre, recrute ses équipes, prépare sa campagne de pub...Et tente d'ultimes lobbyings pour que la loi penche dans le sens qui lui convient. Fort bien placée à ce petit jeu, compte tenu du nombre d'anciens de Bercy qui figurent dans son organigramme, La Française des jeux se dit sereine. Il est vrai qu'elle s'en sort bien: le Parlement européen, sous la pression entre autres de la France et de la Grande-Bretagne, a exclu les loteries du champ d'application de la directive Bolkenstein sur la libre circulation des services. Résultat: La Française des jeux reste seule à pouvoir proposer des jeux de grattage et de tirage sur Internet. La seule aussi, du même coup, à pouvoir verser des sommes astronomiques. Comme le 14 mars dernier, quand un joueur en ligne a gagné...28 millions d'euros. La créatrice du keno va perdre, en revanche,  le monopole du pari sportif. Le plan maison, baptisé Grand Large, consite à étoffer une offre limitée actuellement à 200 paris par semaine dans cinq disciplines sportives. Bien loin des 35 000 paris hebdomadaires sur 80 sports différents proposés par ses futurs concurrents qui vont être légalisés.

Pas de roulette ni de machines à sous afin d'éviter l'addiction

Pas d'affolement non plus au PMU, pourtant visé au premier chef par la libéralisation. Mais le GIE, qui reverse l'intégralité de son résultat, soit environ 700 millions d'euros par an, pour le financement de la filière équine française peut, semble-t-il, compter sur la gratitude de son pays. Eric Woerth, le ministre du budget, a ainsi précisé que, "dans un premier temps, il serait préférable d'opter pour une concurrence maîtrisée et régulée". Traduction: l'organisation des paris sur les courses hippiques relèvera pour un temps encore du monopole du PMU, seule la distribution des paris serait ouverte  à d'autres opérateurs. Au cas ou Bruxelles ne gouterait pas cette subtilité, le PMU se prépare lui aussi à lancer de nouveaux produits pour attirer une clientèle non-turfistes. A l'instar du "Pariez Stop", ou c'est le logiciel qui choisit tout une une partie des chevaux d'un quinté. "La machine mouline les probabilités avant de faire ses propositions. Ce n'est pas du hasard complet" insiste-t-on au PMU. La précision n'est pas innocente. Car le gouvernement souhaite interdire aux nouveaux opérateurs de mettre en ligne des jeux de hasard pur. Il s'appuie pour cela sur une flopée de rapports, dont celui de l'ex ministre socialiste Bruno Durieux, qui mettent en évidence les risques d'addiction et de fraudes. Des arguments qui font hurler les casinos, les vrais, ceux avec pignon sur rue et vue sur la mer, qui sont justement les grands spécialistes du hasard. Les tractations se poursuivent donc entre les hommes de Bercy et les professionnels du jeu pour savoir ce qui relève de l'adresse ou du hasard. Au dernier état de la réflexion sur ce vaste sujet, il semble que le poker et le backgammon seront autorisés en ligne. Mais pas la roulette, le black jack, ni les cras (jeu de dés). Et encore moins les machines à sous. Le gouvernement hésite également à légaliser les "livebet", ces paris sportifs en cours de match, très appréciés des internautes, mais qui relèvent plus de la chance que du pronostic. Exemple: qui écopera du prochain carton jaune? Ou bien, comment sera marqué le prochain but? Les amoureux du risque pourront opter pour "but contre son camp". Rapport: 26 contre 1. "Soucieux sans doute de ne pas aller trop loin dans la provocation, Partouche.com, ne propose pas ce type de mise sur son site. Le groupe concurrent, Lucien Barrière, lui est encore plus sage. "Pas question de se mettre hors la loi. Nous attendons pour nous lancer", assène Dominique Desseigne, son président. Il a investi 20 millions d'euros et fait travailler 70 personnes depuis un an sur un site en 3D, elabore avec l'aide de la société Mk2 de martin Karmitz et d'Onyx Films, qui sera rodé en Angleterre dès le mois de Mars.

Sage précaution, Car les géants européens du jeu en ligne, lancés pour certains depuis dix ans, mettent la barre très haut. Parmi ces derniers, bon nombre de bookmakers côtés en Bourse comme Sportingbet (1,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires), William Hill (1,2 milliard) ou Party Gaming (712 millions). Mais aussi l'Autrichien Bwin (350 millions), qui a beaucoup fait parler de lui en 2006 quand ses fondateurs, Norbert Teufelberger et Manfred Bodner, ont été arrêtés à Nice, suite à une plainte de la Française des jeux et du PMU pour "tenue illicte de jeux de hasard". Les trois jours de préventive n'ont pas entamé leur détermination. Le site propose de parier sur plus de 90 disciplines, du water-polo au saut à skis. Son approche: inciter les joueurs à miser souvent de petites sommes (mais avec un plafond de 5000 euros par mois). La société dispose d'une sacrée force de frappe marketing. Déjà sponsor du Real madrid, du Milan AC et du Bayern Munich, Bwin aurait l'intention de se rapporcher d'un grand club de foot français.

BetClic rembourse 20 euros au joueur qui perd son premier pari

Dans le genre, le français BetClic, environ 50 salariés, fait aussi très fort. Son propriétaire, Stéphane Courbit, l'ancien patron d'Endemol, s'est associé fin novembre avec la Société des bains de mer (SBM) de Monaco (lire Jeux en ligne: accord entre la SBM et Financière Lov) avec laquelle il a l'intention de multiplier les acquisitions dans le secteur. En attendant, BetClic fait son trou en misant sur la simplicité d'utilistation et la pédagogie, car la culture du pari n'est pas aussi développée en France que chez nos voisins. En Grande-Bretagne, on peut parier sur tout, à une exception près, qu'aucun site ne transgresse: la date de la mort de la reine. BetClic donc, fait tout pour attirer et rassurer. Le joueur débutant doit faire un premier dépôt par (Carte bleue) de 20 euros mais peut se les faire rembourser si son premier pari est perdant. Pour la promotion, Stéphane Courbit a recruté Marcel Dessailly, capitaine des Bleus au temps de leur gloire. Et, selon nos informations, il aurait signé un contrat de sponsoring avec l'Olympique de Marseille et l'AS Saint Etienne. Entreprises publiques, casinos, sites spécialisés...on se bouscule atour de la table de jeu. Pourtant, d'autres veulent s'y asseoir. Comme Marc Simoncini, le fondateur du club de rencontres amoureuses en ligne Meetic, qui sera candidat a une licence. "Notre cible actuelle-45 millions de célibataires européens, dont 60% d'hommes-est la même que celle des sites de jeux " explique-t-il. Par ailleurs, il s'est associé avec notre star tricolore du tripot, Patrick Bruel, pour lancer une autre plateforme: Wam-Poker.

Reste une inconnue de taille: le taux de taxation que l'Etat appliquera aux sites autorisés. Il faudra le fixer assez haut pour encaisser les 5,5 milliards d'euros que rapportent aujourd'hui les casinos "en dur", le PMU et la FDJ. Mais suffisamment bas pour ne pas faire fuir à l'etranger les candidats aux licences. Alors, Bercy optera-t-il pour 29% des mises comme pour les jeux de grattages? "Au-delà de 20%, beaucoup préfèreront continuer à opérer de l'extérieur" prévient Alexandre Dreyfus, le fondateur de Chili Poker, basé à Malte. Et pourquoi pas 12% comme pour le Loto Sportif et le PMU? Les paris sont ouverts.

Que risquent les joueurs sur les sites étrangers?

Même si les sites de jeux d'argent sont encore interdits pour quelques mois en France, l'Etat est bien en peine de les empêcher d'agir. Des centaines de milliers de Français, y compris des mineurs, les fréquentent couramment. A leurs risques et périls. Pour éviter les arnaques, essayez d'abord de vérifier l'adresse du site auquel vous confiez votre numéro de carte bancaire. Gibraltar, Alderney dans les îles Anglo-Normandes, l'île de Man ou Malte peuvent inspirer confiance. "Ce sont les endroits ou le cadre réglementaire est le plus sérieux", indique l'avocat Thibault Berbiest, spécialiste du jeu sur Internet. les sites y respectent un certain nombre principes concernant l'âge des joueurs, la prévention de l'addiction, la sécurisation des transactions...Les gains sont crédités directement sur le compte en banque de l'internaute ou payés par chèque. Par contre, les sites situés dans des paradis fiscaux comme Bélize, les îles Caimans, les Bahamas sont moins sûrs.

Capital Janvier 2009


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