Laurent Lassiaz, Président du Directoire Joagroupe
Interview Exclusive de LAURENT LASSIAZ
Laurent Lassiaz, Président du Directoire de Joagroupe, a reçu Casinoweb au siège social du groupe situé à la Cité Internationale à Lyon. Laurent Lassiaz a répondu à nos questions et nous explique la transition de Moliflor à Joagroupe, les valeurs du groupe, l'impact de l'interdiction de fumer et de la crise economique sur les resultats, et la diversification du groupe en se lançant dans les jeux en ligne en 2010.
Nous tenons à remercier Laurent Lassiaz ainsi que Pauline Boyer-Martin, Directrice Marketing de Joagroupe, pour leur accueil chaleureux et leur disponibilité.
INTERVIEW réalisée le 11 septembre 2009.
Casinoweb: Depuis 2008, le groupe Moliflor s'appelle Joagroupe. Présentez-nous votre groupe et racontez-nous cette étape cruciale pour le groupe de changer de nom et d'identité visuelle pour l'ensemble des casinos du groupe. Comment cette métamorphose s'est-elle passée?
Laurent Lassiaz: Tout d'abord, Joagroupe est le troisième opérateur français derrière les groupes Barrière et Partouche. C'est un groupe qui est établi sur la plupart des régions en France, il n'y a pas une région où il y a une surreprésentation de Joagroupe mise à part la région d'origine, dans les Pyrénées Orientales, à côté de Perpignan ou on a cinq casinos dans une région relativement rapprochée. Nous sommes présents à la fois sur le Sud-Est, le Sud-Ouest, le Nord Ouest, la région Centre donc une répartition géographique à peu près équilibrée sur le territoire national. Nous avons vingt sites exactement qui sont assez variables en terme de tailles, et surtout en terme d'offres. Bien évidemment, sur chacun des sites, il y a une activité casino, machines à sous et jeux de tables, mais d'un site où il y a uniquement machines à sous, jeux de tables et restauration, on peut aller jusqu'à des sites ou il y a des restaurants, un bowling, un cinéma, un hôtel, sur la totalité du groupe, on a l'habitude d'exercer plusieurs métiers, ce qui en fait la richesse. Au delà des jeux, on exploite des hôtels, des restaurants, des discothèques dont la plus grande discothèque à ciel ouvert à Antibes la Siesta qui fonctionne tous les étés.
Je vous ai parlé des cinémas mais également des bowlings, des salles de jeux d'arcades, on est un groupe qui est présent sur pas mal de métiers de loisirs, qu'on connaît bien qui sont plutôt des métiers sur lesquels on réussit bien et sur lesquels on s'appuie pour développer l'attractivité de nos sites.
"Nous avons bousculé les codes de ce métier là"
Pour revenir un peu sur la génèse et le plan de transformation du groupe, le passage de Moliflor à Joa, ce n'est pas un changement d'enseigne, un changement de nom. Derrière ce changement là, il y a une réelle volonté, pour les actionnaires et les équipes, de vouloir un petit peu changer le regard des gens sur le monde du casino, telle est notre ambition. Aujourd'hui, les casinos en France, un peu moins maintenant parce que la mode du poker a permis de rajeunir l'image des casinos mais si on revient il y a deux ans, avant l'explosion du poker, les casinos étaient perçus comme un endroit un peu glauque, un peu triste, un peu terne, plutôt réservé à une population âgée. Donc la plupart des gens, on va dire les 30-40 ans, quand on leur demandait "un casino ça ressemble à quoi?", ils répondaient "un endroit sombre, pas réservé aux jeunes, ce n'est pas la peine d'y aller si on veut faire la bringue et ou on va croiser des grands-mères et des grands-pères". Nous, on part du principe que si quand bien même dans certains casinos, il y a une sur grande partie de la clientèle qui est un petit peu plus âgée que la moyenne, d'une part, ce n'est pas parce qu'il y a des gens âgés qu'ils n'ont pas le droit de faire la fête, et ce n'est pas parce qu'il y a une image vieillote, qu'il faut continuer à faire des casinos dans une image et dans une ambiance vieillotes. Nous, nous sommes partis du principe que les couleurs un peu ternes, que les salles de jeux avec des fenêtres occultées, que les casinos en bordure de mer ou on ne voit pas la mer alors que l'on n'est pas dans le casino, c'est fini. Nous avons bousculé les codes de ce métier là, et faire en sorte que dans les salles de jeux on trouve plein de couleurs, que dans des casinos positionnés en bord de mer où on avait occulté les salles de machines à sous, on allait ouvrir ces baies vitrées et faire en sorte que notre clientèle puisse jouer aux machines à sous contemplant la mer, le coucher de soleil. Ce n'était pas en faisant comme on avait fait pendant 50 ans qu'on allait changer le regard des gens sur le monde des casinos. Ensuite, nous avons embarqué les équipes dans cette ambition là. Les équipes étaient très parties prenantes parce que quand un secteur d'activité à une image un peu ringarde ce n'est pas très valorisante pour les équipes. Moi, j'ai vécu cette différence, j'ai travaillé sept ans au Club Méditerranée. Quand vous arrivez dans un dîner et que durant le tour de table on me demande ce que je fais et je réponds que je travaille au Club Med, on a des retours positifs. Le même dîner, on vous demande ce que vous faîtes et vous répondez que vous travaillez dans les casinos, ce n'est pas pareil. C'est gênant pour les gestionnaires mais également pour les équipes parce que dans les casinos il y a plein de métiers, avec énormément de technicité, avec de vrais professionnels et ces gens là ne sont pas reconnus à leur juste valeur. Même pour eux, ils avaient à coeur de changer le regard porté par le grand public sur le secteur du casino parce qu'un croupier, c'est un vrai professionnel, c'est une longue phase d'apprentissage, pour être un bon croupier. Donc eux évidemment, ils ont vite adhéré au projet, et donc nous nous sommes lancés dans un vaste programme de transformation. Evidemment, comme il fallait préparer l'arrivée des jeux en ligne, les marques sont des points importants. Moliflor était déjà le troisième opérateur mais pas connu et donc l'ambition était de créer une marque de casinos en France car il n'existe pas de marques de casinos en France. Il y a des groupes qui sont à chaque fois des groupes patronymiques: Barrière est le nom de Diane Barrière, Tranchant est le nom du fondateur du groupe, Partouche est le nom d'Isidore. Il n'y a pas de marque. Donc nous, nous avons pris cette ambition là de créer une marque qui serait une marque un peu atypique dans le paysage, plus colorée, plus jeune, plus dynamique, et essayer de bousculer les codes de ce métier plutôt classique. C'est pour cela que nous sommes arrivés au lancement de JOA. En fait, ce n'est pas une enseigne que nous avons posée sur nos bâtiments mais on a retravaillé tout le parcours clients: depuis l'accueil, depuis les petits détails, les tenus, nous avons lancé un programme de fidélité nationale, nous avons continué d'innover sur l'introduction de nouveaux jeux, sur des tests de nouvelles technologies, et puis nous avons poursuivi la rénovation de nos sites, nous aurons à la fin 2009 rénové sur les quatres dernières années, 17 des 20 sites, qui à chaque fois ont pris une image conforme à ce que l'on voulait, conforme à nos valeurs, nous avons choisi avec les équipes 4 valeurs qui sont un petit peu différentes des valeurs classiques des casinos:
-Première valeur: la Confiance. Pourquoi la confiance? On est un petit peu "responsable" de la lecture que font les gens sur notre activité. On n'a jamais été hyper transparent sur "c'est quoi le métier?". Nous, nous sommes transparents, les gens qui veulent venir voir comment ça se passe peuvent le faire. Nous avons fait un voyage presse, il n'y a pas très longtemps, dans les Pyrénées orientales, nous avons invité la presse économique. Un an après le lancement de la marque JOA, elle est venu voir ce qui s'est passé dans les casinos, et puis nous lui avons fait visiter le casino comme elle ne l'a jamais vu auparavant. Nous lui avons ouvert les portes des coffres, nous lui avons fait rencontrer des croupiers pour qu'elle comprenne les manipulations, tout le processus de l'argent, tout le processus de vérifications pour voir que les machines sont correctement plombées, les cylindres des roulettes sont vérifiés, etc.
- Deuxième valeur: la Fraicheur. Quand on travaillait sur le plan de transformation, on avait mis sur une table une cinquantaine de clichés pris dans des établissements différents et on avait globalement les mêmes couleurs partout. Personnellement, j'étais incapable de dire lesquels étaient un casino Tranchant, un casino Partouche, un casino Barrrière ou Molifor. C'était globalement toujours les mêmes tables. Nous, en choisissant une valeur de fraicheur, on veut amener de la couleur, du dynamisme, de l'éclairage.
- Troisième valeur: la Convivialité. Même si les casinos sont réservés à une clientèle âgée certains jours de semaine, ce n'est pas parce qu'ils sont âgés qu'ils n'ont pas le droit de faire la fête, de danser, de plaisanter. Cette clientèle là, nous essayons de la mettre au jeu de façon différente, et les mettre au jeu ne signifie pas uniquement sur des machines à sous mais également les faire jouer à des WII, des Playstation, notamment un jeu qui nous permet d'affirmer ce côté ludique. Quand vous allez au restaurant du Luxueil, dans les Vosges, il existe un jeu qui s'appelle "Asseyez-vous sur l'addition" et avant de demander l'addition, la serveuse apporte une table de blackjack du 421 et les clients jettent les dés, si les dés sortent 4-2-1, les clients partent sans payer l'addition. C'est ce côté ludique, léger que l'on essaye d'encourager.
- La dernière valeur est la Sensorialité. Notre métier, c'est de faire vivre des émotions et donc il faut mettre des sens en éveil. On s'applique à traiter quand on fait de la restauration, la lumière, l'ambiance sonore, la qualité de ce que vous mangez mais également la présentation. Et c'est pareil pour tout le parcours clients, on prête pas mal d'attention à tout ce qui est l'accueil, afin que l'expérience soit la plus émotionnelle possible.
Nous avons lancé la marque en mars 2008, et on a fêté l'année de la marque en mars dernier et on poursuit le développement de la marque ainsi que le plan de transformation du groupe. C'est un mouvement permanent pour essayer de bousculer les habitudes, d'innover, de contribuer au changement de l'image du casino, qui est en train de progresser grâce au poker mais qui longtemps a été considéré comme une réserve de "personnes âgées", dans la pénombre des petites villes de province...et ce n'est pas ça le casino.
Casinoweb: Depuis plus d'un an, le secteur du jeu va mal: vérification des identités à l'entrée des casinos, loi anti tabac, crise économique et les sites de casinos en ligne. Racontez-nous comment les casinos de votre groupe ont traversé les années 2008 et 2009 ?
Laurent Lassiaz: Il y a une succession de trois choses: le premier élément qui a fait du mal est la mise en application des contrôles à l'entrée des casinos en 2007. Mais les casinos n'ont pas trop ressenti son effet direct car c'est l'année que les casinos ont massivement investi dans les "Bills Acceptors" (machines à sous qui acceptent les billets de banques ndlr) qui ont pas mal tirés l'activité. En 2007, la mise en place des machines à sous nouvelles générations à petites dénominations a un peu masqué les effets dramatiques de la vérification des identités à l'entrée des casinos. Avant la mise en application de l'interdiction de fumer, le marché avait déjà eu un petit coup d'arrêt. L'année 2008, mise en application de la loi anti tabac, l'activité a chuté car le tabac va bien avec le jeu. Je vais prendre un exemple concret: on a réalisé la finale en juin du Joa
Royale Poker Tour à Antibes la Siesta. La finale a eu lieu dans la boîte de nuit qui est à ciel ouvert. Il y avait 10 joueurs au début de la finale, il y en avait neuf qui fumaient. Cet exemple donne l'ampleur de la gêne en faisant des établissements non fumeurs. En plus, la plupart des gros clients réguliers sont de gros fumeurs. On a donc été heurté de plein fouet en 2008, on a eu à la fois un espacement des visites des gros clients, et puis surtout un effondrement du ticket moyen, de la dépense moyenne des gros clients. Les clients s'installent derrière une machine et puis monopolisent une machine, font des pauses cigarette et le week-end c'est problématique car il y a saturation des machines à sous dans certains gros casinos. Le joueur fumeur qui se trouve devant une machine à sous et qui part fumer en dehors de l'établissement, il la bloque et donc la machine s'arrête de tourner. On a ressenti en plus du tabac un ralentissement économique de notre activité à partir de l'été 2008. Déjà à cette période, on a senti un problème de conjoncture, et on l'a vu arriver principalement dans les métiers périphériques comme les restaurants ou les discothèques. Ils n'ont pas eu un développement comme on l'a eu jusqu'à présent. On a eu des petits signes comme la baisse du ticket moyen au restaurant, le taux de prise de desserts, le taux de reconsommation en boîte de nuit.
"Le Poker est devenu en un an le plus gros jeu de table traditionnelle"
A partir de juin-juillet 2008, on a senti un petit ralentissement et il s'est accéléré sur 2009, qui impacte plus les machines à sous que les jeux de tables traditionnelles. En 2008, ces derniers étaient en croissance malgré l'interdiction de fumer grâce à la forte croissance du poker qui, pour notre groupe, est devenu en un an le plus gros jeu de table traditionnelle. Le lancement du jeu de poker en 2008 et Joagroupe faisait parti des trois groupes à avoir été autorisé à tester le poker en avant première avant l'agrément de ce nouveau type de jeu du texas hold'em poker. Nous avons commencé à le déployer sur les sites en 2008 et, la première année de son déploiement, ce jeu est devenu le jeu leader de notre groupe en matière de jeux de tables. Et il poursuit son accélération cette année car nous sommes toujours en croissance en jeu de tables même si c'est également lié au fait qu'on était historiquement pas très bon là dessus. Le groupe Moliflor n'a jamais été très fort sur les jeux de tables et on reconnaît que c'est un point que l'on a pas trop travaillé historiquement. Ca fait deux ans qu'on s'est mis comme priorité à développer les jeux traditionnels parce que dans les casinos, c'est un secteur qui perdait de l'argent. A partir du moment que les machines à sous sont malmenées, vous étudiez tous les secteurs qui sont sources de pertes et puis dans notre capital, nous avons Loto-Québec, qui a une très forte expertise des jeux traditionnels et la où en France ils représente seulement 10% du produit brut des jeux (PBJ), au Québec ils atteignent 30%. Du coup, nous nous sommes rapprochés de nos actionnaires Québécois et nous avons travaillé avec eux sur la relance des jeux traditionnels. Un groupe de travail a planché dessus, nous avons créé une école de formation interne pour les jeux traditionnels, et la croissance que l'on enregistre en ce moment est sans doute le résultat de cette prise de conscience qu'on avait sans doute du potentiel des jeux traditionnels et on commence à obtenir nos premiers résultats.
Casinoweb: L'année 2009 est-elle meilleure que 2008?
Laurent Lassiaz: En jeux traditionnels, la réponse est oui. Pour les machines à sous, on va globalement finir sur le même niveau de tendance que 2008, c'est-à-dire que l'on avait fait entre -10% et -12% en 2008. Cette année, on va refaire une fois de plus entre -10% et -12% sur les machines à sous.
Casinoweb: Selon vous, quel est le facteur qui a eu le plus fort impact sur l'activité des casinos?
Laurent Lassiaz: Dans notre groupe, l'interdiction de fumer et la crise économique a le même degré d'impact. Il y a eu une première marche de l'ordre de -10% de la mise en application de la loi anti tabac, et derrière un deuxième impact qui est entre -9% et -10% sur la crise économique. Par expérience au Québec, on savait que la loi anti tabac avait impacté le chiffre d'affaires de l'ordre de 15% mais les nouvelles technologies permettent de compenser un peu donc ça fait une baisse de l'ordre de 12%.
Casinoweb: Avez vous été contraint de licencier du personnel à cause de la baisse du produit brut des jeux de vos casinos?
Laurent Lassiaz: Oui, nous avons supprimé sur 16 mois 13% de l'effectif. Pas forcément sur les métiers des casinos mais sur ce solde là 50% ont été licenciés sur les secteurs périphériques et 50% sur les jeux. A l'échelle du groupe, cela représente 150 personnes.
"Nous n'avons pas la totale liberté pour contribuer à faire la révolution de notre métier"
Casinoweb: La crise a touché le secteur du jeu et l'Etat a tenu à faire un geste envers les casinos terrestres notamment en attribuant des jeux supplémentaires plus facilement et en allégeant la fiscalité. Etes-vous satisfait par ces mesures ou les jugez-vous insuffisantes?
Laurent Lassiaz: Elles sont de deux ordres. Nous dépendons du Ministère de l'Intérieur pour tout ce qui touche à la règlementation et du Ministère du Budget pour tout ce qui est de la fiscalité. On a un peu "un papa et une maman". Les aménagements en matière de règlementation sont toujours les bienvenus mais ils sont toujours lents et légers par rapport à ce qui existe dans les autres pays. Chaque année, il y a un gros salon du jeu à Las Vegas et mes équipes s'y rendent pour voir les nouvelles technologies. Ils reviennent comme des gamins devant une vitrine de Noël. Ils ont vu des choses que peut être on réussira à faire agréer dans deux ou trois ans. Une fois par trimestre, je me rends au Québec avec les actionnaires et c'est hyper frustrant de voir tous les types de jeux qui sont disponibles, qui sont déjà agréés chez eux et dont nous devons passer par un long chemin laborieux pour pouvoir les mettre. Ces jeux sont disponibles dans quasiment tous les pays du monde donc ils ne sont pas nocifs mais nous n'avons pas la totale liberté pour contribuer à faire la révolution de notre métier. Donc, on est obligé de la faire avec des contraintes techniques qui sont un peu lourdes. On va lancé le "Magic Casino Jackpot" qui est un jackpot progressif avec plusieurs casinos reliés. Ce sont des machines que l'on a rajoutées pour mettre ça. Dans le cadre de la nouvelle règlementation, j'ai l'autorisation de mettre un nombre de machines qui sont reliées au nombre de tables exploitées. Dans des casinos, j'ai 90 machines à sous mais je pourrai en mettre 110 car j'ai un nombre de tables suffisant. J'ai rajouté mes 3 machines pour le "Magic Casinos Jackpot" mais je n'ai pas reçu du Ministère de l'Intérieur qui m'autorise à les exploiter et donc je suis obligé d'éteindre les 3 machines. C'est très rigide bien que l'Etat en ait conscience et travaille pour plus de flexibilité mais c'est encore très très laborieux par rapport aux besoins de réformes qu'a besoin ce métier. Ca c'est pour l'aspect règlementaire.
Quant à l'aspect fiscalité, il y avait 2 axes: avant même de payer des impôts, on était prélevé. Sur le premier euro de chiffre d'affaires, on était prélevé de 58% de frais, ensuite, on payait nos charges et si il restait de l'argent on repayait des impôts derrière. On était sur une base de barème qui datait de 1986. Il y avait beaucoup de discussions depuis deux ans sur cette fiscalité. L'Etat a décidé de remettre à jour et de réactualiser ces barèmes, ce qui nous permet de récupérer une partie de trésorerie. Le deuxième axe est important en matière d'emploi et de relance de l'activité jeux traditionnels est de séparer les barèmes des jeux traditionnels et des machines à sous. Aujourd'hui, les deux arrivent en cumul et si on arrive à séparer les deux, nous les casinotiers classiques, seront plus "incentiver" à développer les activités de jeux traditionnels. Et c'est important pour l'ambiance des casinos et gage de recrutement et d'emploi pour l'économie. Rajouter des machines à sous dans un casino ne permet pas de créer de l'emploi. En revanche, rajouter un jeu de table exige le recrutement au minimum de 4 personnes (des croupiers, chef de tables,etc). C'est une mesure qui sera vraisemblablement liée à la mise en appllication et la mise en fonction sur la loi des jeux en ligne en France.
"Joagroupe se doit d'innover en permanence"
Casinoweb: Face à la crise économique, les groupes de casinos ont innové: coachs, lancement l'an passé du Partouche Mégapot. Quels moyens avez-vous mis en oeuvre (ou allez-vous mettre en oeuvre) pour attirer les joueurs aussi bien des nouveaux joueurs que fidéliser les anciens?
Laurent Lassiaz: Chez Joagroupe, on est toujours parti du principe que c'est un groupe jeune et dynamique et il faut donc que l'on bouge vite et que l'on innove en permanence. Dans tous les secteurs du jeu, en règle générale, on est plutôt le groupe qui participe pas mal aux innovations technologiques. Avant l'agrément du poker, il y avait 3 casinos en France autorisés à tester le poker: un chez Partouche, un chez Barrière et un chez Joa. Avant même que le Tito (Ticket In, Ticket Out: ticket permettant d'approvisonner en argent et possibilité de jouer d'une machine à une autre sans avoir à passer en caisse: Ce système existe depuis quatre ans à Las Vegas et trois ans au Québec ndlr) soit autorisé et agréé, il y avait deux casinos en France autorisés à le tester: un chez Barrière et un chez Joa. Sur l'activité machine à sous, les
premières machines à sous communautaires ont été lancées chez nous, concept de machines testées chez Joa avant d'être agréées par le Ministère de l'Intérieur. Plus récemment, nous avons testé en exclusivité française, un jackpot progressif sur les tables de poker classiques c'est-à-dire que si vous allez au casino de Luxeuil, il y a deux tables de poker en cash games classiques avec des croupiers sauf que nous avons mis en place un dispositif avec un jackpot progressif. A chaque fois qu'il y a une Quinte, un Carré ou une Royale qui sort, il y a un abondement et on le teste à Luxeuil. Nous avons lancé le Joa Royal Poker Tour qui était un tournoi dans tous les casinos du groupe JOA avec une finale qui a eu lieu à Antibes. Nous lançons en collaboration avec les groupes Barrière et Tranchant ainsi que d'autres casinos locaux qui sont dans notre syndicat "Casinos de France" l'équivalent du Partouche Mégapot dans quelques semaines. Voilà des exemples d'innovations que l'on apporte en permanence. Nous avons à Saint Paul les Dax, une machine qui s'appelle "Simply Joa", la difficulté de ce métier là, il y a une variation de trafic, quand on baisse de 10% de chiffres d'affaires, on ne fait pas -10% en entrée. La plupart du temps, on fait zéro voire un peu de croissance. Ce qui signifie qu'il y a une nouvelle clientèle qui se rend dans les casinos et qui ne dépense pas les mêmes montants que les gros joueurs qui étaient fumeurs. Donc la difficulté dans notre métier est de faire comprendre comment fonctionne les machines à sous à des gens qui les découvrent. Aujourd'hui, les gens qui ne sont pas joueurs de casinos entrent avec 50 euros dans une salle de jeux, cet argent peut être misé très rapidement. En revanche, une personne qui connaît les jeux, avec la même somme, il va pouvoir gagner de l'argent mais en tout cas jouer plus longtemps. Nous avons étudié que c'était un frein pour notre nouvelle clientèle et nous avons donc créé un corner, un ensemble de machines avec notre marque "Simply Joa", qui sont des machines très simples d'utilisation pour faire comprendre aux gens comment ça marche. Une personne explique aux joueurs le fonctionnement, un diplôme est délivré pour les premiers gains des joueurs. Nous avons également lancé les boites "Lucky Box" qui est un coffret de 40 euros un forfait avec un dîner haut de gamme, un pot de jetons et un cocktail dans la salle des machines à sous. Pas mal d'innovations pour être en ligne avec nos valeurs et surtout faire en sorte que les gens qui poussent pour une première fois les portes d'un casino soient accueillis, se sentent pris en charge et comprennent ce qui se passe. Sur tous les métiers périphériques, on tient à ce que ce soit des endroits de recrutement et de fidélisation. Il est rare sur la liste des sorties disponibles pour aller boire un verre, faire la fête, que le casino soit présent. Nous nous tenons à faire en sorte que les casinos soient des lieux sympas pour faire la fête, des restaurants sympas come des Tex Mex ou Bodega, des bars branchés que l'on a développés un peu partout pour justement générer du trafic, et faire en sorte que des gens viennent au casino même si ils ne sont pas joueurs. Dernier élément assez puissant que l'on a travaillé avec Loto-Québec, le club de fidélisation qui est nationale. Une carte de fidélité permet de passer d'un casino à un autre sans pour autant présenter sa pièce d'identité car il y a une puce dans la carte qui reconnaît l'identité. Cette carte est utilisable dans les machine à sous. Les points sont valables dans tous les casinos du groupe et les points permettent de gagner des cadeaux. C'est le premier club de fidélité nationale et qui est 100% online et récompense chaque client de son taux de fidélité et son niveau de dépôts avec des grades: bronze, argent et or.
Casinoweb: Le directeur du casino Partouche Le Pharaon, Guy Benhamou, nous a confié que le Partouche Mégapot était un véritable succès du fait des gains potentiels qui s'élèvent à plusieurs millions d'euros. En l'espace de 10 mois, les casinos Partouche ont fait 3 millionnaires en euros. A quand un Joa Mégapot qui mettrait en commun certaines machines à sous de l'ensemble de vos casinos?
Laurent Lassiaz: Le "Magic Casinos Jackpot" regroupera des casinos des groupes Barrière et Tranchant et d'autres casinos et sera officiellement lancé lors de la conférence de presse qui aura lieu le 17 septembre 2009 (l'interview a été enregistrée le 11 septembre 2009 ndlr). Ce type de jackpots progressifs fonctionnent et ils ont été conçus pour rivaliser avec les jeux de la Française des Jeux. Ce sont des innovations qui contribuent à faire comprendre aux gens qu'ils peuvent gagner des sommes colossales avec peu d'argent.
"Joagroupe proposera une offre globale: casino, poker, paris sportifs et courses hippiques"
Casinoweb: Abordons un sujet d'actualité :le jeu en ligne.La France a fini par céder aux injonctions de la Commission Européenne d'ouvrir son marché du jeu en ligne qui n'intègre pas le marché du casino en ligne. On assiste à un front « anti-casinos en ligne actuels » dont vous faîtes parti avec le Groupe Tranchant et Barrière. Expliquez-nous votre position
Laurent Lassiaz: Joagroupe a attaqué comme le groupe Tranchant, comme le groupe Barrière, comme le syndicat des "Casinos de France" un certains nombre de sites illégaux, 14 sites exactement . Nous avons fait ça pour faire réagir le gouvernement qui ne fait pas son travail en matière de règlementation et nous sommes victimes de concurrence déloyale. Si demain, mon site gratuit en ligne je le bascule en mode payant, je perds les agréments de tous mes casinos. Nous préparons l'avenir mais dans le cadre d'une règlementation. Il faut que ça soit une bataille qui soit la plus juste possible, nous allons débuter les jeux en ligne quand de nombreux sites ont déjà constitué des fichiers clients très important. Ca sera une des discussions intéressantes avec l'ARJEL pour voir comment ces sites vont être mise à l'amende. Vont-ils démarrer en même temps que tout le monde? Auront-ils les licences au même moment que tout le monde? Ce sont des questions que je poserai.
Casinoweb: Dans quelques mois, les sites de paris sportifs, courses hippiques et poker en ligne seront autorisés en France du moins ceux qui auront la licence délivrée par l'ARJEL. La grande question est ET les casinos? Les casinos en ligne seront-ils un jour ou l'autre légalisés?
Laurent Lassiaz: Je suis un peu frustré là-dessus car je ne vois pas pourquoi les casinos ne seraient pas dans les jeux en ligne. Pourquoi le poker a plus de justifications que le blackjack ou la roulette? Les machines à sous, je suis un peu plus réservé sur ce point là. Les problèmes d'addictions sont plus sur les machines à sous que les jeux traditionnels. Nous avons une fondation, nous travaillons avec des sociologues, et tous les cas de dépendances aux jeux sont des cas sur des machines à sous et pas de sur des jeux traditionnels. Je serai tenté de dire que l'on est capable de vraiment bien contrôler l'activité ou le niveau de dépendance sur la partie betting ou le poker mais je ne vois pas pourquoi il serait plus compliqué sur les jeux de tables.
Casinoweb: On lit dans la presse que si l'Etat venait à légaliser les casinos en ligne certain jeux comme les machines à sous seront interdites. Pensez-vous qu'un casino en ligne sans jeu de machines à sous serait viable?
Laurent Lassiaz: Non, en fait ceux qui se sont lancés dans le poker se sont également lancés dans le sports betting. Nous, nous n'envisageons même pas de faire des jeux en ligne avec juste le poker surtout avec la fiscalité. Nous, notre intérêt est de proposer une offre globale à savoir casino, poker, paris sportifs et courses hippiques. Les jeux d'argent, c'est notre métier. En France, les jeux d'argent sont interdits sauf par dérogation donc la FDJ, le PMU et les casinos. Moi, le droit d'exercer un jeu d'argent, je le paye 58% de mon chiffre d'affaires. Aujourd'hui, il y a des gens qui le font...en payant zéro...je pense qu'ils font de bonnes affaires.
Joa-online proposera une offre complète en poker, en sports betting et également en Skill gaming que l'on travaille actuellement. Ca sera lancé en même temps.
Casinoweb: Vous venez de lancer un casino en ligne accessible en mode gratuit en France. Allez vous faire une demande de licence de jeu aupres de l'ARJEL pour le proposer en argent réel ainsi que les autres sites de jeux en ligne?
Laurent Lassiaz: Oui bien sûr. On travaille sur une offre globale et c'est là-dessus que l'on aura une valeur ajoutée. Nous avons entre 4,5 et 5 millions d'entrées dans nos casinos par an et la durée moyenne est de 3 heures. Ca signifie que nous avons entre 4 et 5 millions de visiteurs et on leur expliquera qu'il est préférable de jouer dans nos sites plutôt qu'ailleurs. Le Club de Fidelité leur permettra de jouer online et offline. On aura un espèce de hub qui permettra à tous les clients de JOA d'avoir avec le même porte-monnaie, placer un paris sur un match de foot ou jouer au poker.
Casinoweb: Vous avez lancé votre casino en "play for fun" avec le logiciel Playtech. Proposer uniquement des jeux de tables sans parler des autres jeux en ligne (poker, paris sportifs ou courses hippiques) est viable pour vous?
Laurent Lassiaz: Non, ce n'est pas viable. C'est la raison pour laquelle nous voulons être présent sur l'ensemble des jeux en ligne. L'offre est intéressante uniquement en proposant tous les jeux en ligne.
Casinoweb: Pensez-vous que l'Etat va revenir sur sa décision d'interdire les machines à sous?
Laurent Lassiaz: Non, ça mettrait en danger sur le plan de la logique un certains nombre de jeux de la FDJ. Tous les jeux de hasard et de tirages (les machines à sous sont des jeux de tirages ndlr) pourraient être au centre de disccusionns. Si l'Etat accepte des machines à sous, ça remettrait en cause le fait de proposer des jeux de grattage à d'autres opérateurs. C'est valable pour tous les Etats du monde.
"Joagroupe a signé un deal avec Fullsix qui est la plus grosse agence européenne de marketing relationnel sur le net"
Casinoweb: Il y a eu l'affaire de Bwin-Portugal qui a fait couler beaucoup d'encre (Bwin est considéré comme étant illégal au Portugal après que la Haute Cour de justice Européenne ait rendue son verdict ndlr). Etes-vous plutôt licence pays par pays ou bien de l'Union Européenne?
Laurent Lassiaz: Je suis plutôt pour qu'une licence soit délivrée pays par pays même si je pense qu'il serait beaucoup plus simple que les pays se mettent d'accord entre eux. Ca signifierait que sur nos tables de jeux on accueille que des français ou des anglais ou autres pays? Ca permettrait à chacun des pays de protéger les monopoles d'Etat.
Casinoweb: Si vous êtes détenteur d'une licence de jeu française, quelle est votre stratégie pour en faire la promotion par le biais de FullSix? (campagne, affiliation)?
Laurent Lassiaz: Nous, notre coeur de métier, ce sont les jeux d'argent casino et d'accueil de ces personnes là en loisir. Sur la partie internet, on va sur les jeux d'argent que l'on connaît mais ce n'est pas notre coeur de métier. On avait deux options, soit on décidait d'investir massivement pour développer notre propre technologie, notre propre mécanique, soit on faisait des alliances avec des gens dont c'est le coeur de métier depuis longtemps et qui sont plutôt reconnus comme leaders pas forcément mondiaux mais au mons européens. C'est dans cette ligne là que nous avons décidé de nous allier avec Playtech sur la partie poker, même si ils sont prêts pour les jeux de tables du casino. On travaille actuellement avec les quatres plus gros opérateurs européens en betting pour faire un deal avec eux, on discute avec les 4 plus gros...on finira avec un seul. Fin septembre voire fin octobre au plus tard, je pense que l'on aura choisi le partenaire en sports betting. Nous sommes en train de finaliser un deal avec un opérateur leader sur son activité en skillgamings et nous avons signé un deal avec Fullsix qui est la plus grosse agence européenne de marketing relationnel sur le net. Un deal sur trois ans, un deal où on prend tous les deux des risques c'est-à-dire qu'ils participent avec nous au développement du site, au développement du hub JOA, ils coinvestissent avec nous et puis on partage pendant trois ans une partie des recettes, avec un principe du revenue sharing.
Fullsix connaît parfaitement les mécaniques de l'affiliation et des campagnes et le but est de convertir les 5 millions de clients à venir jouer en ligne chez nous. La carte de fidélité sera la même aussi bien en offline et online à savoir les joueurs pourront l'utiliser aussi bien sur les sites en ligne du groupe que dans les casinos terrestres.
"30% des gens qui fréquentent nos établissements avouent jouer online"
Casinoweb: Comment réagi le personnel face à l'emergence des casinos en ligne? Si les clients qui avaient pour habitude de fréquenter vos casinos partent dans votre casino en ligne, pensez vous que le produit brut des jeux des casinos terrestres va chuter?
Laurent Lassiaz: Il y a deux façons de voir les choses. Nous ne sommes pas sur quelque chose qui va s'ouvrir (en parlant du marché du jeu en ligne ndlr), le marché est déjà ouvert. Aujourd'hui, ceux qui veulent jouer en ligne, ils jouent. Le marché et déjà là et il a fait un milliard d'euros cette année ça fait quand même la moitié du PMU. Je pense qu'il y a une partie du mal qui est déjà fait. Je pense que dans notre performance actuelle, il y a une partie des gens qui jouent sur Internet. Cette vision est la mauvaise pour voir le jeu en ligne. En revanche, il y a quand quand même un bon point. Aujourd'hui, le poker a un certain succès et il est en parti lié à l'éducation qu'a fait le net du joueur. Jouer sur le Net, c'est sympa mais in fine, si vous voulez ressembler aux champions qui sont à la télé, si vous voulez avoir un peu d'émotions, c'est de jouer autour d'une table. On voit les joueurs, vous pouvez jouer avec les jetons alors que sur le net ce n'est pas possible. Regarder les mains des joueurs lors d'une finale de tournoi de poker est un spectacle à lui même. Ca fait parti du folklore de jouer avec ses jetons ou avec ses cartes et ça vous avez ces émotions uniquement dans un casino. Le poker en ligne a développé le jeu et les casinos en ont bénéficié. Pas moins de 30% des gens qui fréquentent nos établissements avouent jouer online. Je pense qu'une partie du budget des gens qu'ils jouaient au casino ou à un jeu de la Française des Jeux est dépensé dans des sites de jeux en ligne. Il y a la fois du mal parce qu'on perd de l'argent et sans doute des gens ont changé leurs habitudes de consommation mais d'un autre côté le succès actuel du poker, on le doit en partie à tout le coup de buzz qui a été réalisé sur le poker.
Casinoweb: Question traditionnelle de Casinoweb. Avez-vous un scoop à dévoiler à nos nombreux lecteurs?
Laurent Lassiaz: (Il réfléchit). Le scoop est d'annoncer que Joagroupe se lance dans les jeux en ligne.
Casinoweb: Merci pour votre collaboration.
Laurent Lassiaz: Merci à vous.
© Casinoweb
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Laurent Lassiaz, Président du Directoire de Joagroupe, a reçu Casinoweb au siège social du groupe situé à la Cité Internationale à Lyon. Laurent Lassiaz a répondu à nos questions et nous explique la transition de Moliflor à Joagroupe, les valeurs du groupe, l'impact de l'interdiction de fumer et de la crise economique sur les resultats, et la diversification du groupe en se lançant dans les jeux en ligne en 2010.
Nous tenons à remercier Laurent Lassiaz ainsi que Pauline Boyer-Martin, Directrice Marketing de Joagroupe, pour leur accueil chaleureux et leur disponibilité.
INTERVIEW réalisée le 11 septembre 2009.
Casinoweb: Depuis 2008, le groupe Moliflor s'appelle Joagroupe. Présentez-nous votre groupe et racontez-nous cette étape cruciale pour le groupe de changer de nom et d'identité visuelle pour l'ensemble des casinos du groupe. Comment cette métamorphose s'est-elle passée?
Laurent Lassiaz: Tout d'abord, Joagroupe est le troisième opérateur français derrière les groupes Barrière et Partouche. C'est un groupe qui est établi sur la plupart des régions en France, il n'y a pas une région où il y a une surreprésentation de Joagroupe mise à part la région d'origine, dans les Pyrénées Orientales, à côté de Perpignan ou on a cinq casinos dans une région relativement rapprochée. Nous sommes présents à la fois sur le Sud-Est, le Sud-Ouest, le Nord Ouest, la région Centre donc une répartition géographique à peu près équilibrée sur le territoire national. Nous avons vingt sites exactement qui sont assez variables en terme de tailles, et surtout en terme d'offres. Bien évidemment, sur chacun des sites, il y a une activité casino, machines à sous et jeux de tables, mais d'un site où il y a uniquement machines à sous, jeux de tables et restauration, on peut aller jusqu'à des sites ou il y a des restaurants, un bowling, un cinéma, un hôtel, sur la totalité du groupe, on a l'habitude d'exercer plusieurs métiers, ce qui en fait la richesse. Au delà des jeux, on exploite des hôtels, des restaurants, des discothèques dont la plus grande discothèque à ciel ouvert à Antibes la Siesta qui fonctionne tous les étés.
Je vous ai parlé des cinémas mais également des bowlings, des salles de jeux d'arcades, on est un groupe qui est présent sur pas mal de métiers de loisirs, qu'on connaît bien qui sont plutôt des métiers sur lesquels on réussit bien et sur lesquels on s'appuie pour développer l'attractivité de nos sites. "Nous avons bousculé les codes de ce métier là"
Pour revenir un peu sur la génèse et le plan de transformation du groupe, le passage de Moliflor à Joa, ce n'est pas un changement d'enseigne, un changement de nom. Derrière ce changement là, il y a une réelle volonté, pour les actionnaires et les équipes, de vouloir un petit peu changer le regard des gens sur le monde du casino, telle est notre ambition. Aujourd'hui, les casinos en France, un peu moins maintenant parce que la mode du poker a permis de rajeunir l'image des casinos mais si on revient il y a deux ans, avant l'explosion du poker, les casinos étaient perçus comme un endroit un peu glauque, un peu triste, un peu terne, plutôt réservé à une population âgée. Donc la plupart des gens, on va dire les 30-40 ans, quand on leur demandait "un casino ça ressemble à quoi?", ils répondaient "un endroit sombre, pas réservé aux jeunes, ce n'est pas la peine d'y aller si on veut faire la bringue et ou on va croiser des grands-mères et des grands-pères". Nous, on part du principe que si quand bien même dans certains casinos, il y a une sur grande partie de la clientèle qui est un petit peu plus âgée que la moyenne, d'une part, ce n'est pas parce qu'il y a des gens âgés qu'ils n'ont pas le droit de faire la fête, et ce n'est pas parce qu'il y a une image vieillote, qu'il faut continuer à faire des casinos dans une image et dans une ambiance vieillotes. Nous, nous sommes partis du principe que les couleurs un peu ternes, que les salles de jeux avec des fenêtres occultées, que les casinos en bordure de mer ou on ne voit pas la mer alors que l'on n'est pas dans le casino, c'est fini. Nous avons bousculé les codes de ce métier là, et faire en sorte que dans les salles de jeux on trouve plein de couleurs, que dans des casinos positionnés en bord de mer où on avait occulté les salles de machines à sous, on allait ouvrir ces baies vitrées et faire en sorte que notre clientèle puisse jouer aux machines à sous contemplant la mer, le coucher de soleil. Ce n'était pas en faisant comme on avait fait pendant 50 ans qu'on allait changer le regard des gens sur le monde des casinos. Ensuite, nous avons embarqué les équipes dans cette ambition là. Les équipes étaient très parties prenantes parce que quand un secteur d'activité à une image un peu ringarde ce n'est pas très valorisante pour les équipes. Moi, j'ai vécu cette différence, j'ai travaillé sept ans au Club Méditerranée. Quand vous arrivez dans un dîner et que durant le tour de table on me demande ce que je fais et je réponds que je travaille au Club Med, on a des retours positifs. Le même dîner, on vous demande ce que vous faîtes et vous répondez que vous travaillez dans les casinos, ce n'est pas pareil. C'est gênant pour les gestionnaires mais également pour les équipes parce que dans les casinos il y a plein de métiers, avec énormément de technicité, avec de vrais professionnels et ces gens là ne sont pas reconnus à leur juste valeur. Même pour eux, ils avaient à coeur de changer le regard porté par le grand public sur le secteur du casino parce qu'un croupier, c'est un vrai professionnel, c'est une longue phase d'apprentissage, pour être un bon croupier. Donc eux évidemment, ils ont vite adhéré au projet, et donc nous nous sommes lancés dans un vaste programme de transformation. Evidemment, comme il fallait préparer l'arrivée des jeux en ligne, les marques sont des points importants. Moliflor était déjà le troisième opérateur mais pas connu et donc l'ambition était de créer une marque de casinos en France car il n'existe pas de marques de casinos en France. Il y a des groupes qui sont à chaque fois des groupes patronymiques: Barrière est le nom de Diane Barrière, Tranchant est le nom du fondateur du groupe, Partouche est le nom d'Isidore. Il n'y a pas de marque. Donc nous, nous avons pris cette ambition là de créer une marque qui serait une marque un peu atypique dans le paysage, plus colorée, plus jeune, plus dynamique, et essayer de bousculer les codes de ce métier plutôt classique. C'est pour cela que nous sommes arrivés au lancement de JOA. En fait, ce n'est pas une enseigne que nous avons posée sur nos bâtiments mais on a retravaillé tout le parcours clients: depuis l'accueil, depuis les petits détails, les tenus, nous avons lancé un programme de fidélité nationale, nous avons continué d'innover sur l'introduction de nouveaux jeux, sur des tests de nouvelles technologies, et puis nous avons poursuivi la rénovation de nos sites, nous aurons à la fin 2009 rénové sur les quatres dernières années, 17 des 20 sites, qui à chaque fois ont pris une image conforme à ce que l'on voulait, conforme à nos valeurs, nous avons choisi avec les équipes 4 valeurs qui sont un petit peu différentes des valeurs classiques des casinos:
-Première valeur: la Confiance. Pourquoi la confiance? On est un petit peu "responsable" de la lecture que font les gens sur notre activité. On n'a jamais été hyper transparent sur "c'est quoi le métier?". Nous, nous sommes transparents, les gens qui veulent venir voir comment ça se passe peuvent le faire. Nous avons fait un voyage presse, il n'y a pas très longtemps, dans les Pyrénées orientales, nous avons invité la presse économique. Un an après le lancement de la marque JOA, elle est venu voir ce qui s'est passé dans les casinos, et puis nous lui avons fait visiter le casino comme elle ne l'a jamais vu auparavant. Nous lui avons ouvert les portes des coffres, nous lui avons fait rencontrer des croupiers pour qu'elle comprenne les manipulations, tout le processus de l'argent, tout le processus de vérifications pour voir que les machines sont correctement plombées, les cylindres des roulettes sont vérifiés, etc.
- Deuxième valeur: la Fraicheur. Quand on travaillait sur le plan de transformation, on avait mis sur une table une cinquantaine de clichés pris dans des établissements différents et on avait globalement les mêmes couleurs partout. Personnellement, j'étais incapable de dire lesquels étaient un casino Tranchant, un casino Partouche, un casino Barrrière ou Molifor. C'était globalement toujours les mêmes tables. Nous, en choisissant une valeur de fraicheur, on veut amener de la couleur, du dynamisme, de l'éclairage.
- Troisième valeur: la Convivialité. Même si les casinos sont réservés à une clientèle âgée certains jours de semaine, ce n'est pas parce qu'ils sont âgés qu'ils n'ont pas le droit de faire la fête, de danser, de plaisanter. Cette clientèle là, nous essayons de la mettre au jeu de façon différente, et les mettre au jeu ne signifie pas uniquement sur des machines à sous mais également les faire jouer à des WII, des Playstation, notamment un jeu qui nous permet d'affirmer ce côté ludique. Quand vous allez au restaurant du Luxueil, dans les Vosges, il existe un jeu qui s'appelle "Asseyez-vous sur l'addition" et avant de demander l'addition, la serveuse apporte une table de blackjack du 421 et les clients jettent les dés, si les dés sortent 4-2-1, les clients partent sans payer l'addition. C'est ce côté ludique, léger que l'on essaye d'encourager.
- La dernière valeur est la Sensorialité. Notre métier, c'est de faire vivre des émotions et donc il faut mettre des sens en éveil. On s'applique à traiter quand on fait de la restauration, la lumière, l'ambiance sonore, la qualité de ce que vous mangez mais également la présentation. Et c'est pareil pour tout le parcours clients, on prête pas mal d'attention à tout ce qui est l'accueil, afin que l'expérience soit la plus émotionnelle possible.
Nous avons lancé la marque en mars 2008, et on a fêté l'année de la marque en mars dernier et on poursuit le développement de la marque ainsi que le plan de transformation du groupe. C'est un mouvement permanent pour essayer de bousculer les habitudes, d'innover, de contribuer au changement de l'image du casino, qui est en train de progresser grâce au poker mais qui longtemps a été considéré comme une réserve de "personnes âgées", dans la pénombre des petites villes de province...et ce n'est pas ça le casino.
Casinoweb: Depuis plus d'un an, le secteur du jeu va mal: vérification des identités à l'entrée des casinos, loi anti tabac, crise économique et les sites de casinos en ligne. Racontez-nous comment les casinos de votre groupe ont traversé les années 2008 et 2009 ?
Laurent Lassiaz: Il y a une succession de trois choses: le premier élément qui a fait du mal est la mise en application des contrôles à l'entrée des casinos en 2007. Mais les casinos n'ont pas trop ressenti son effet direct car c'est l'année que les casinos ont massivement investi dans les "Bills Acceptors" (machines à sous qui acceptent les billets de banques ndlr) qui ont pas mal tirés l'activité. En 2007, la mise en place des machines à sous nouvelles générations à petites dénominations a un peu masqué les effets dramatiques de la vérification des identités à l'entrée des casinos. Avant la mise en application de l'interdiction de fumer, le marché avait déjà eu un petit coup d'arrêt. L'année 2008, mise en application de la loi anti tabac, l'activité a chuté car le tabac va bien avec le jeu. Je vais prendre un exemple concret: on a réalisé la finale en juin du Joa
Royale Poker Tour à Antibes la Siesta. La finale a eu lieu dans la boîte de nuit qui est à ciel ouvert. Il y avait 10 joueurs au début de la finale, il y en avait neuf qui fumaient. Cet exemple donne l'ampleur de la gêne en faisant des établissements non fumeurs. En plus, la plupart des gros clients réguliers sont de gros fumeurs. On a donc été heurté de plein fouet en 2008, on a eu à la fois un espacement des visites des gros clients, et puis surtout un effondrement du ticket moyen, de la dépense moyenne des gros clients. Les clients s'installent derrière une machine et puis monopolisent une machine, font des pauses cigarette et le week-end c'est problématique car il y a saturation des machines à sous dans certains gros casinos. Le joueur fumeur qui se trouve devant une machine à sous et qui part fumer en dehors de l'établissement, il la bloque et donc la machine s'arrête de tourner. On a ressenti en plus du tabac un ralentissement économique de notre activité à partir de l'été 2008. Déjà à cette période, on a senti un problème de conjoncture, et on l'a vu arriver principalement dans les métiers périphériques comme les restaurants ou les discothèques. Ils n'ont pas eu un développement comme on l'a eu jusqu'à présent. On a eu des petits signes comme la baisse du ticket moyen au restaurant, le taux de prise de desserts, le taux de reconsommation en boîte de nuit."Le Poker est devenu en un an le plus gros jeu de table traditionnelle"
A partir de juin-juillet 2008, on a senti un petit ralentissement et il s'est accéléré sur 2009, qui impacte plus les machines à sous que les jeux de tables traditionnelles. En 2008, ces derniers étaient en croissance malgré l'interdiction de fumer grâce à la forte croissance du poker qui, pour notre groupe, est devenu en un an le plus gros jeu de table traditionnelle. Le lancement du jeu de poker en 2008 et Joagroupe faisait parti des trois groupes à avoir été autorisé à tester le poker en avant première avant l'agrément de ce nouveau type de jeu du texas hold'em poker. Nous avons commencé à le déployer sur les sites en 2008 et, la première année de son déploiement, ce jeu est devenu le jeu leader de notre groupe en matière de jeux de tables. Et il poursuit son accélération cette année car nous sommes toujours en croissance en jeu de tables même si c'est également lié au fait qu'on était historiquement pas très bon là dessus. Le groupe Moliflor n'a jamais été très fort sur les jeux de tables et on reconnaît que c'est un point que l'on a pas trop travaillé historiquement. Ca fait deux ans qu'on s'est mis comme priorité à développer les jeux traditionnels parce que dans les casinos, c'est un secteur qui perdait de l'argent. A partir du moment que les machines à sous sont malmenées, vous étudiez tous les secteurs qui sont sources de pertes et puis dans notre capital, nous avons Loto-Québec, qui a une très forte expertise des jeux traditionnels et la où en France ils représente seulement 10% du produit brut des jeux (PBJ), au Québec ils atteignent 30%. Du coup, nous nous sommes rapprochés de nos actionnaires Québécois et nous avons travaillé avec eux sur la relance des jeux traditionnels. Un groupe de travail a planché dessus, nous avons créé une école de formation interne pour les jeux traditionnels, et la croissance que l'on enregistre en ce moment est sans doute le résultat de cette prise de conscience qu'on avait sans doute du potentiel des jeux traditionnels et on commence à obtenir nos premiers résultats.
Casinoweb: L'année 2009 est-elle meilleure que 2008?
Laurent Lassiaz: En jeux traditionnels, la réponse est oui. Pour les machines à sous, on va globalement finir sur le même niveau de tendance que 2008, c'est-à-dire que l'on avait fait entre -10% et -12% en 2008. Cette année, on va refaire une fois de plus entre -10% et -12% sur les machines à sous.
Casinoweb: Selon vous, quel est le facteur qui a eu le plus fort impact sur l'activité des casinos?
Laurent Lassiaz: Dans notre groupe, l'interdiction de fumer et la crise économique a le même degré d'impact. Il y a eu une première marche de l'ordre de -10% de la mise en application de la loi anti tabac, et derrière un deuxième impact qui est entre -9% et -10% sur la crise économique. Par expérience au Québec, on savait que la loi anti tabac avait impacté le chiffre d'affaires de l'ordre de 15% mais les nouvelles technologies permettent de compenser un peu donc ça fait une baisse de l'ordre de 12%.
Casinoweb: Avez vous été contraint de licencier du personnel à cause de la baisse du produit brut des jeux de vos casinos?
Laurent Lassiaz: Oui, nous avons supprimé sur 16 mois 13% de l'effectif. Pas forcément sur les métiers des casinos mais sur ce solde là 50% ont été licenciés sur les secteurs périphériques et 50% sur les jeux. A l'échelle du groupe, cela représente 150 personnes.
"Nous n'avons pas la totale liberté pour contribuer à faire la révolution de notre métier"
Casinoweb: La crise a touché le secteur du jeu et l'Etat a tenu à faire un geste envers les casinos terrestres notamment en attribuant des jeux supplémentaires plus facilement et en allégeant la fiscalité. Etes-vous satisfait par ces mesures ou les jugez-vous insuffisantes?
Laurent Lassiaz: Elles sont de deux ordres. Nous dépendons du Ministère de l'Intérieur pour tout ce qui touche à la règlementation et du Ministère du Budget pour tout ce qui est de la fiscalité. On a un peu "un papa et une maman". Les aménagements en matière de règlementation sont toujours les bienvenus mais ils sont toujours lents et légers par rapport à ce qui existe dans les autres pays. Chaque année, il y a un gros salon du jeu à Las Vegas et mes équipes s'y rendent pour voir les nouvelles technologies. Ils reviennent comme des gamins devant une vitrine de Noël. Ils ont vu des choses que peut être on réussira à faire agréer dans deux ou trois ans. Une fois par trimestre, je me rends au Québec avec les actionnaires et c'est hyper frustrant de voir tous les types de jeux qui sont disponibles, qui sont déjà agréés chez eux et dont nous devons passer par un long chemin laborieux pour pouvoir les mettre. Ces jeux sont disponibles dans quasiment tous les pays du monde donc ils ne sont pas nocifs mais nous n'avons pas la totale liberté pour contribuer à faire la révolution de notre métier. Donc, on est obligé de la faire avec des contraintes techniques qui sont un peu lourdes. On va lancé le "Magic Casino Jackpot" qui est un jackpot progressif avec plusieurs casinos reliés. Ce sont des machines que l'on a rajoutées pour mettre ça. Dans le cadre de la nouvelle règlementation, j'ai l'autorisation de mettre un nombre de machines qui sont reliées au nombre de tables exploitées. Dans des casinos, j'ai 90 machines à sous mais je pourrai en mettre 110 car j'ai un nombre de tables suffisant. J'ai rajouté mes 3 machines pour le "Magic Casinos Jackpot" mais je n'ai pas reçu du Ministère de l'Intérieur qui m'autorise à les exploiter et donc je suis obligé d'éteindre les 3 machines. C'est très rigide bien que l'Etat en ait conscience et travaille pour plus de flexibilité mais c'est encore très très laborieux par rapport aux besoins de réformes qu'a besoin ce métier. Ca c'est pour l'aspect règlementaire.
Quant à l'aspect fiscalité, il y avait 2 axes: avant même de payer des impôts, on était prélevé. Sur le premier euro de chiffre d'affaires, on était prélevé de 58% de frais, ensuite, on payait nos charges et si il restait de l'argent on repayait des impôts derrière. On était sur une base de barème qui datait de 1986. Il y avait beaucoup de discussions depuis deux ans sur cette fiscalité. L'Etat a décidé de remettre à jour et de réactualiser ces barèmes, ce qui nous permet de récupérer une partie de trésorerie. Le deuxième axe est important en matière d'emploi et de relance de l'activité jeux traditionnels est de séparer les barèmes des jeux traditionnels et des machines à sous. Aujourd'hui, les deux arrivent en cumul et si on arrive à séparer les deux, nous les casinotiers classiques, seront plus "incentiver" à développer les activités de jeux traditionnels. Et c'est important pour l'ambiance des casinos et gage de recrutement et d'emploi pour l'économie. Rajouter des machines à sous dans un casino ne permet pas de créer de l'emploi. En revanche, rajouter un jeu de table exige le recrutement au minimum de 4 personnes (des croupiers, chef de tables,etc). C'est une mesure qui sera vraisemblablement liée à la mise en appllication et la mise en fonction sur la loi des jeux en ligne en France.
"Joagroupe se doit d'innover en permanence"
Casinoweb: Face à la crise économique, les groupes de casinos ont innové: coachs, lancement l'an passé du Partouche Mégapot. Quels moyens avez-vous mis en oeuvre (ou allez-vous mettre en oeuvre) pour attirer les joueurs aussi bien des nouveaux joueurs que fidéliser les anciens?
Laurent Lassiaz: Chez Joagroupe, on est toujours parti du principe que c'est un groupe jeune et dynamique et il faut donc que l'on bouge vite et que l'on innove en permanence. Dans tous les secteurs du jeu, en règle générale, on est plutôt le groupe qui participe pas mal aux innovations technologiques. Avant l'agrément du poker, il y avait 3 casinos en France autorisés à tester le poker: un chez Partouche, un chez Barrière et un chez Joa. Avant même que le Tito (Ticket In, Ticket Out: ticket permettant d'approvisonner en argent et possibilité de jouer d'une machine à une autre sans avoir à passer en caisse: Ce système existe depuis quatre ans à Las Vegas et trois ans au Québec ndlr) soit autorisé et agréé, il y avait deux casinos en France autorisés à le tester: un chez Barrière et un chez Joa. Sur l'activité machine à sous, les
premières machines à sous communautaires ont été lancées chez nous, concept de machines testées chez Joa avant d'être agréées par le Ministère de l'Intérieur. Plus récemment, nous avons testé en exclusivité française, un jackpot progressif sur les tables de poker classiques c'est-à-dire que si vous allez au casino de Luxeuil, il y a deux tables de poker en cash games classiques avec des croupiers sauf que nous avons mis en place un dispositif avec un jackpot progressif. A chaque fois qu'il y a une Quinte, un Carré ou une Royale qui sort, il y a un abondement et on le teste à Luxeuil. Nous avons lancé le Joa Royal Poker Tour qui était un tournoi dans tous les casinos du groupe JOA avec une finale qui a eu lieu à Antibes. Nous lançons en collaboration avec les groupes Barrière et Tranchant ainsi que d'autres casinos locaux qui sont dans notre syndicat "Casinos de France" l'équivalent du Partouche Mégapot dans quelques semaines. Voilà des exemples d'innovations que l'on apporte en permanence. Nous avons à Saint Paul les Dax, une machine qui s'appelle "Simply Joa", la difficulté de ce métier là, il y a une variation de trafic, quand on baisse de 10% de chiffres d'affaires, on ne fait pas -10% en entrée. La plupart du temps, on fait zéro voire un peu de croissance. Ce qui signifie qu'il y a une nouvelle clientèle qui se rend dans les casinos et qui ne dépense pas les mêmes montants que les gros joueurs qui étaient fumeurs. Donc la difficulté dans notre métier est de faire comprendre comment fonctionne les machines à sous à des gens qui les découvrent. Aujourd'hui, les gens qui ne sont pas joueurs de casinos entrent avec 50 euros dans une salle de jeux, cet argent peut être misé très rapidement. En revanche, une personne qui connaît les jeux, avec la même somme, il va pouvoir gagner de l'argent mais en tout cas jouer plus longtemps. Nous avons étudié que c'était un frein pour notre nouvelle clientèle et nous avons donc créé un corner, un ensemble de machines avec notre marque "Simply Joa", qui sont des machines très simples d'utilisation pour faire comprendre aux gens comment ça marche. Une personne explique aux joueurs le fonctionnement, un diplôme est délivré pour les premiers gains des joueurs. Nous avons également lancé les boites "Lucky Box" qui est un coffret de 40 euros un forfait avec un dîner haut de gamme, un pot de jetons et un cocktail dans la salle des machines à sous. Pas mal d'innovations pour être en ligne avec nos valeurs et surtout faire en sorte que les gens qui poussent pour une première fois les portes d'un casino soient accueillis, se sentent pris en charge et comprennent ce qui se passe. Sur tous les métiers périphériques, on tient à ce que ce soit des endroits de recrutement et de fidélisation. Il est rare sur la liste des sorties disponibles pour aller boire un verre, faire la fête, que le casino soit présent. Nous nous tenons à faire en sorte que les casinos soient des lieux sympas pour faire la fête, des restaurants sympas come des Tex Mex ou Bodega, des bars branchés que l'on a développés un peu partout pour justement générer du trafic, et faire en sorte que des gens viennent au casino même si ils ne sont pas joueurs. Dernier élément assez puissant que l'on a travaillé avec Loto-Québec, le club de fidélisation qui est nationale. Une carte de fidélité permet de passer d'un casino à un autre sans pour autant présenter sa pièce d'identité car il y a une puce dans la carte qui reconnaît l'identité. Cette carte est utilisable dans les machine à sous. Les points sont valables dans tous les casinos du groupe et les points permettent de gagner des cadeaux. C'est le premier club de fidélité nationale et qui est 100% online et récompense chaque client de son taux de fidélité et son niveau de dépôts avec des grades: bronze, argent et or. Casinoweb: Le directeur du casino Partouche Le Pharaon, Guy Benhamou, nous a confié que le Partouche Mégapot était un véritable succès du fait des gains potentiels qui s'élèvent à plusieurs millions d'euros. En l'espace de 10 mois, les casinos Partouche ont fait 3 millionnaires en euros. A quand un Joa Mégapot qui mettrait en commun certaines machines à sous de l'ensemble de vos casinos?
Laurent Lassiaz: Le "Magic Casinos Jackpot" regroupera des casinos des groupes Barrière et Tranchant et d'autres casinos et sera officiellement lancé lors de la conférence de presse qui aura lieu le 17 septembre 2009 (l'interview a été enregistrée le 11 septembre 2009 ndlr). Ce type de jackpots progressifs fonctionnent et ils ont été conçus pour rivaliser avec les jeux de la Française des Jeux. Ce sont des innovations qui contribuent à faire comprendre aux gens qu'ils peuvent gagner des sommes colossales avec peu d'argent.
"Joagroupe proposera une offre globale: casino, poker, paris sportifs et courses hippiques"
Casinoweb: Abordons un sujet d'actualité :le jeu en ligne.La France a fini par céder aux injonctions de la Commission Européenne d'ouvrir son marché du jeu en ligne qui n'intègre pas le marché du casino en ligne. On assiste à un front « anti-casinos en ligne actuels » dont vous faîtes parti avec le Groupe Tranchant et Barrière. Expliquez-nous votre position
Laurent Lassiaz: Joagroupe a attaqué comme le groupe Tranchant, comme le groupe Barrière, comme le syndicat des "Casinos de France" un certains nombre de sites illégaux, 14 sites exactement . Nous avons fait ça pour faire réagir le gouvernement qui ne fait pas son travail en matière de règlementation et nous sommes victimes de concurrence déloyale. Si demain, mon site gratuit en ligne je le bascule en mode payant, je perds les agréments de tous mes casinos. Nous préparons l'avenir mais dans le cadre d'une règlementation. Il faut que ça soit une bataille qui soit la plus juste possible, nous allons débuter les jeux en ligne quand de nombreux sites ont déjà constitué des fichiers clients très important. Ca sera une des discussions intéressantes avec l'ARJEL pour voir comment ces sites vont être mise à l'amende. Vont-ils démarrer en même temps que tout le monde? Auront-ils les licences au même moment que tout le monde? Ce sont des questions que je poserai.
Casinoweb: Dans quelques mois, les sites de paris sportifs, courses hippiques et poker en ligne seront autorisés en France du moins ceux qui auront la licence délivrée par l'ARJEL. La grande question est ET les casinos? Les casinos en ligne seront-ils un jour ou l'autre légalisés?
Laurent Lassiaz: Je suis un peu frustré là-dessus car je ne vois pas pourquoi les casinos ne seraient pas dans les jeux en ligne. Pourquoi le poker a plus de justifications que le blackjack ou la roulette? Les machines à sous, je suis un peu plus réservé sur ce point là. Les problèmes d'addictions sont plus sur les machines à sous que les jeux traditionnels. Nous avons une fondation, nous travaillons avec des sociologues, et tous les cas de dépendances aux jeux sont des cas sur des machines à sous et pas de sur des jeux traditionnels. Je serai tenté de dire que l'on est capable de vraiment bien contrôler l'activité ou le niveau de dépendance sur la partie betting ou le poker mais je ne vois pas pourquoi il serait plus compliqué sur les jeux de tables.
Casinoweb: On lit dans la presse que si l'Etat venait à légaliser les casinos en ligne certain jeux comme les machines à sous seront interdites. Pensez-vous qu'un casino en ligne sans jeu de machines à sous serait viable?
Laurent Lassiaz: Non, en fait ceux qui se sont lancés dans le poker se sont également lancés dans le sports betting. Nous, nous n'envisageons même pas de faire des jeux en ligne avec juste le poker surtout avec la fiscalité. Nous, notre intérêt est de proposer une offre globale à savoir casino, poker, paris sportifs et courses hippiques. Les jeux d'argent, c'est notre métier. En France, les jeux d'argent sont interdits sauf par dérogation donc la FDJ, le PMU et les casinos. Moi, le droit d'exercer un jeu d'argent, je le paye 58% de mon chiffre d'affaires. Aujourd'hui, il y a des gens qui le font...en payant zéro...je pense qu'ils font de bonnes affaires.
Joa-online proposera une offre complète en poker, en sports betting et également en Skill gaming que l'on travaille actuellement. Ca sera lancé en même temps.
Casinoweb: Vous venez de lancer un casino en ligne accessible en mode gratuit en France. Allez vous faire une demande de licence de jeu aupres de l'ARJEL pour le proposer en argent réel ainsi que les autres sites de jeux en ligne?
Laurent Lassiaz: Oui bien sûr. On travaille sur une offre globale et c'est là-dessus que l'on aura une valeur ajoutée. Nous avons entre 4,5 et 5 millions d'entrées dans nos casinos par an et la durée moyenne est de 3 heures. Ca signifie que nous avons entre 4 et 5 millions de visiteurs et on leur expliquera qu'il est préférable de jouer dans nos sites plutôt qu'ailleurs. Le Club de Fidelité leur permettra de jouer online et offline. On aura un espèce de hub qui permettra à tous les clients de JOA d'avoir avec le même porte-monnaie, placer un paris sur un match de foot ou jouer au poker.
Casinoweb: Vous avez lancé votre casino en "play for fun" avec le logiciel Playtech. Proposer uniquement des jeux de tables sans parler des autres jeux en ligne (poker, paris sportifs ou courses hippiques) est viable pour vous?Laurent Lassiaz: Non, ce n'est pas viable. C'est la raison pour laquelle nous voulons être présent sur l'ensemble des jeux en ligne. L'offre est intéressante uniquement en proposant tous les jeux en ligne.
Casinoweb: Pensez-vous que l'Etat va revenir sur sa décision d'interdire les machines à sous?
Laurent Lassiaz: Non, ça mettrait en danger sur le plan de la logique un certains nombre de jeux de la FDJ. Tous les jeux de hasard et de tirages (les machines à sous sont des jeux de tirages ndlr) pourraient être au centre de disccusionns. Si l'Etat accepte des machines à sous, ça remettrait en cause le fait de proposer des jeux de grattage à d'autres opérateurs. C'est valable pour tous les Etats du monde.
"Joagroupe a signé un deal avec Fullsix qui est la plus grosse agence européenne de marketing relationnel sur le net"
Casinoweb: Il y a eu l'affaire de Bwin-Portugal qui a fait couler beaucoup d'encre (Bwin est considéré comme étant illégal au Portugal après que la Haute Cour de justice Européenne ait rendue son verdict ndlr). Etes-vous plutôt licence pays par pays ou bien de l'Union Européenne?
Laurent Lassiaz: Je suis plutôt pour qu'une licence soit délivrée pays par pays même si je pense qu'il serait beaucoup plus simple que les pays se mettent d'accord entre eux. Ca signifierait que sur nos tables de jeux on accueille que des français ou des anglais ou autres pays? Ca permettrait à chacun des pays de protéger les monopoles d'Etat.
Casinoweb: Si vous êtes détenteur d'une licence de jeu française, quelle est votre stratégie pour en faire la promotion par le biais de FullSix? (campagne, affiliation)?
Laurent Lassiaz: Nous, notre coeur de métier, ce sont les jeux d'argent casino et d'accueil de ces personnes là en loisir. Sur la partie internet, on va sur les jeux d'argent que l'on connaît mais ce n'est pas notre coeur de métier. On avait deux options, soit on décidait d'investir massivement pour développer notre propre technologie, notre propre mécanique, soit on faisait des alliances avec des gens dont c'est le coeur de métier depuis longtemps et qui sont plutôt reconnus comme leaders pas forcément mondiaux mais au mons européens. C'est dans cette ligne là que nous avons décidé de nous allier avec Playtech sur la partie poker, même si ils sont prêts pour les jeux de tables du casino. On travaille actuellement avec les quatres plus gros opérateurs européens en betting pour faire un deal avec eux, on discute avec les 4 plus gros...on finira avec un seul. Fin septembre voire fin octobre au plus tard, je pense que l'on aura choisi le partenaire en sports betting. Nous sommes en train de finaliser un deal avec un opérateur leader sur son activité en skillgamings et nous avons signé un deal avec Fullsix qui est la plus grosse agence européenne de marketing relationnel sur le net. Un deal sur trois ans, un deal où on prend tous les deux des risques c'est-à-dire qu'ils participent avec nous au développement du site, au développement du hub JOA, ils coinvestissent avec nous et puis on partage pendant trois ans une partie des recettes, avec un principe du revenue sharing.
Fullsix connaît parfaitement les mécaniques de l'affiliation et des campagnes et le but est de convertir les 5 millions de clients à venir jouer en ligne chez nous. La carte de fidélité sera la même aussi bien en offline et online à savoir les joueurs pourront l'utiliser aussi bien sur les sites en ligne du groupe que dans les casinos terrestres.
"30% des gens qui fréquentent nos établissements avouent jouer online"
Casinoweb: Comment réagi le personnel face à l'emergence des casinos en ligne? Si les clients qui avaient pour habitude de fréquenter vos casinos partent dans votre casino en ligne, pensez vous que le produit brut des jeux des casinos terrestres va chuter?
Laurent Lassiaz: Il y a deux façons de voir les choses. Nous ne sommes pas sur quelque chose qui va s'ouvrir (en parlant du marché du jeu en ligne ndlr), le marché est déjà ouvert. Aujourd'hui, ceux qui veulent jouer en ligne, ils jouent. Le marché et déjà là et il a fait un milliard d'euros cette année ça fait quand même la moitié du PMU. Je pense qu'il y a une partie du mal qui est déjà fait. Je pense que dans notre performance actuelle, il y a une partie des gens qui jouent sur Internet. Cette vision est la mauvaise pour voir le jeu en ligne. En revanche, il y a quand quand même un bon point. Aujourd'hui, le poker a un certain succès et il est en parti lié à l'éducation qu'a fait le net du joueur. Jouer sur le Net, c'est sympa mais in fine, si vous voulez ressembler aux champions qui sont à la télé, si vous voulez avoir un peu d'émotions, c'est de jouer autour d'une table. On voit les joueurs, vous pouvez jouer avec les jetons alors que sur le net ce n'est pas possible. Regarder les mains des joueurs lors d'une finale de tournoi de poker est un spectacle à lui même. Ca fait parti du folklore de jouer avec ses jetons ou avec ses cartes et ça vous avez ces émotions uniquement dans un casino. Le poker en ligne a développé le jeu et les casinos en ont bénéficié. Pas moins de 30% des gens qui fréquentent nos établissements avouent jouer online. Je pense qu'une partie du budget des gens qu'ils jouaient au casino ou à un jeu de la Française des Jeux est dépensé dans des sites de jeux en ligne. Il y a la fois du mal parce qu'on perd de l'argent et sans doute des gens ont changé leurs habitudes de consommation mais d'un autre côté le succès actuel du poker, on le doit en partie à tout le coup de buzz qui a été réalisé sur le poker.
Casinoweb: Question traditionnelle de Casinoweb. Avez-vous un scoop à dévoiler à nos nombreux lecteurs?
Laurent Lassiaz: (Il réfléchit). Le scoop est d'annoncer que Joagroupe se lance dans les jeux en ligne.
Casinoweb: Merci pour votre collaboration.
Laurent Lassiaz: Merci à vous.
© Casinoweb
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